RALEIGH, Caroline du Nord - Il a beaucoup été question d’intersections, de rencontres, voire de collisions entre des univers qui s’ignorent ou se connaissent très mal, lors du congrès sur les blogues en science. Pourquoi cela? Parce que de nombreux blogueurs semblent soudain découvrir le pouvoir qu’ils ont de lier la science avec la société —et les limites de ce pouvoir face aux grands médias.

« Nous pensons qu’il y a quelque chose de fondamentalement erroné avec la science aujourd’hui, parce que trop souvent, elle n’arrive pas à se connecter avec le reste de la société », avait lancé quelques jours plus tôt, le journaliste scientifique Chris Mooney sur son blogue, en guise de préparation à la conférence qu’il allait donner samedi après-midi, lors du deuxième congrès annuel Science blogging, en Caroline du Nord.

Intersection entre science et société : c’est dans cet esprit que ce journaliste a commencé sa carrière —encore toute jeune— en écrivant sur « science et politique », et c’est dans cet esprit qu’il est l’un des chefs de file d’une toute récente initiative, Science Debate, réclamant que la science soit au coeur d’un des débats entre les candidats à la présidence américaine.

Aux yeux des journalistes de l’Agence Science-Presse qui assistaient à cette présentation toutefois, le constat semblait un brin étonnant : il y a longtemps qu’au Québec, le journalisme scientifique, de Science-Presse aux Débrouillards en passant par Découverte, défend une vision beaucoup plus « science et société » que « science pure et dure ».

Mondes en collision

Mais une visite chez ces blogueurs passionnés de science révèle d’autres « intersections ». Entre professionnels de la communication et scientifiques, par exemple.

Les premiers (incluant les journalistes) ont toujours jugé normal d’écrire court, de rechercher l’anecdote ou le facteur humain qui permettent d’expliquer un fait scientifique, là où les chercheurs ont souvent vu une forme de compromission. Or, beaucoup de chercheurs sont devenus d’excellents communicateurs dans la blogosphère : peut-on en conclure que les deux univers se sont rejoints? Pas tout à fait, à en juger par un débat qui a provoqué des remous sur plusieurs blogues américains l’an dernier, lorsque le chercheur en communications Matthew Nisbet et (encore lui) Chris Mooney ont publié une théorie appelée « Framing science » (littéralement : encadrer la science). En gros, ils appelaient à un discours de vulgarisation qui soit adaptable, malléable, en fonction des différents publics auxquels il s’adresse.

L’appel, présenté sous la forme d'une théorie de la communication, a déclenché des réactions virulentes de le part de certains scientifiques qui y voient carrément de l’à-plat-ventrisme —pas question, disait le blogueur et biologiste P.Z. Myers, d’adoucir le propos quand on parle à un créationniste, sous prétexte qu’il faut « respecter sa croyance religieuse ».

Y aurait-il ici une incompréhension entre professionnels de la communication et journalistes? Chose certaine, "l'intersection" reste à faire, résumait Jennifer Jacquet dans le cadre de la plénière sur « Framing Science ». « Scientifiques ennuyants? Ou journalistes paresseux? » lançait-elle, résumant la façon par laquelle les uns et les autres se rejettent mutuellement la responsabilité.

Ceci dit, même une initiative qui faisait l’unanimité cet après-midi-là —l’appel à ce que la science soit un coeur d’un débat entre les candidats à la présidence— a reçu une douche d’eau froide lorsque plusieurs intervenants ont souligné combien la réalité médiatique, où le mot d’ordre est le profit, rend peu probable un tel débat. Combien, en fait, la réalité médiatique nuit à la diffusion de la science : car peu importe la qualité des efforts fournis par l’un ou l’autre des « univers », Brittney Spears continuera, pour longtemps encore, de l’emporter sur la fonte des calottes polaires.