Au Parc Jeanne-Mance, à Montréal, il y a un pin peu ordinaire. L’arbre est littéralement couvert de fourmis. Elles viennent prélever le miellat des pucerons grouillant sur cet inhabituel pâturage.

C’est l’une des nombreuses choses que l’on apprend lors de la balade Place à l’écologie urbaine organisée par le Cœur des sciences de l’UQÀM. « C’est pour offrir un nouveau regard sur la ville et sensibiliser à l’écologie », relève Simon Paradis.

L’étudiant à la maîtrise en écologie et en entomologie forestière a conduit récemment, en compagnie de son collègue Frédéric Boivin du Département des sciences biologiques de l’UQÀM, un groupe de curieux de la nature urbaine, le temps de quatre balades écologiques.

Les deux heures passées en compagnie de biologistes plongent les citadins dans le cœur des sciences écologiques : faune et flore, écosystèmes, espèces envahissantes, etc. Toutes les relations entre les êtres vivants — animaux, végétaux — leur habitat et l’environnement; ce que l’on appelle plus généralement les écosystèmes.

Et surtout, cette sortie démystifie l’écologie. « Non, les écologistes ne s’occupent pas de recyclage ! Les gens nous confondent trop souvent avec les environnementalistes, ceux qui militent pour le respect de la nature », tranche le jeune guide.

Suivez le guide

Un arbre enveloppe une clôture. Voilà l’occasion pour Simon Paradis de parler de soudures de racines. Sous la terre, les arbres échangent ainsi des nutriments. Il introduit également des notions de dendrochronologie — cette méthode par laquelle on mesure l’âge d’un arbre par l’étude des cernes de croissance dans son tronc.

« On peut suivre l’évolution de la pollution des villes dans les anneaux de croissance des arbres. Une analyse chimique permet de repérer la période où le plomb a été éliminé de l’essence », raconte Simon Paradis.

Les arbres des villes ont souvent une vie plus courte qu’en forêt, en raison de la pollution, des maladies et surtout des espèces invasives, contre lesquelles ils sont peu armés.

Par exemple, durant la première moitié du 20e siècle, la graphiose — maladie hollandaise de l’orme, reconnaissable par les stries noires sur l’écorce— a décimé des milliers d’arbres montréalais. Cette maladie provient de l’infestation de petits coléoptères qui transmettent un champignon (Ophiostoma ulmi). L’attaque que subissent les branches et le tronc déforme l’écorce et déssèche le feuillage.

« En ville, un envahisseur peut décimer des milliers d’arbres. La plantation en couloir, le long des trottoirs, favorise la propagation des maladies », explique le jeune entomologiste forestier.

Débutée dans les jardins maraîchers du Centre des sciences, la visite s’achève à l’orée de la forêt du Mont-Royal. Là, la nature semble reprendre ses droits. Le regard se perd sous le couvert majestueux des arbres. Sommes-nous toujours en ville ?