Le nouveau médicament, appelé à tort Viagra pour femmes, est-il le résultat d’une efficace campagne de relations publiques? Chose certaine, ses défenseurs se sont appuyés sur plusieurs affirmations douteuses... et des résultats mitigés.

Le Viagra pour femmes est-il vraiment un Viagra pour femmes?

Non. Le Viagra fonctionne en quelques heures en provoquant un afflux de sang là où vous savez. Tandis que Addyi, de son nom original flibanserin, vise le plus long terme: à condition d’être pris tous les jours, et ce pendant une période de temps indéterminée, il est censé rehausser le désir, en augmentant la quantité de dopamine dans le cerveau.

Quel est le rapport avec la dopamine?

La dopamine est cette molécule qui, dans notre cerveau, joue un rôle dans la sensation de plaisir. Lors des premiers tests de ce médicament en 2006, il était d’ailleurs envisagé comme un antidépresseur; pour cela, il s’était révélé peu efficace. Mais les résultats préliminaires avaient suggéré qu’il puisse avoir un impact positif sur la libido.

Pourtant, cette pilule est censée traiter un véritable problème?

Oui et non. On l’appelle le trouble du désir sexuel hypoactif, mais sa définition reste à préciser. En conséquence, les chiffres sur le nombre de femmes qui en souffrent varient (entre 5 et 14%), dépendamment de la façon dont la question leur est posée.

Certains doutent même qu’on puisse en parler comme d’un véritable «trouble». Le manuel des maladies mentales (DSM-V) l’a retiré de sa liste dans sa dernière édition. La Dr Adriane Fugh-Berman, de l’Université Georgetown, en parlait en juin comme du «marketing d’une maladie» dans le but de vendre un médicament. Un groupe de pression en santé des femmes (National Women’s Health Network) a fait campagne contre l’Addyi.

En raison de cette difficulté à définir le problème, Addyi avait déjà essuyé deux refus (en 2010 et 2013) de la part de l’autorité américaine des aliments et drogues (la FDA).

Qu’est-ce qui a changé cette fois?

Une façon différente de questionner les patientes, ainsi qu'une habile campagne de relations publiques baptisée Even the Score (littéralement: égaliser les chances) qui, depuis 2013, a souligné une injustice: il y aurait 26 médicaments contre la dysfonction érectile, et aucun équivalent pour les femmes. Ce groupe de pression a alimenté des médias en témoignages de femmes, a accusé la FDA de «sexisme» et convaincu des politiciennes d’intervenir au nom des droits de la femme. Le fabricant, la compagnie Sprout Pharmaceuticals, figure parmi les donateurs de Even the Score. Une autre compagnie pharmaceutique, Palatin, s’est retirée de la campagne en se dissociant des accusations de sexisme à l’égard de la FDA.

N’y a-t-il pas une réelle injustice dans ce ratio de 26 médicaments pour hommes contre zéro pour femmes?

Le problème, c’est qu’il n’existe pas 26 médicaments contre la dysfonction sexuelle masculine approuvés aux États-Unis, mais 5, dont le Viagra et le Cialis. Par ailleurs, le Viagra s’attaque à l’anatomie, alors qu’Addyi s’attaque au désir: du point de vue du désir sexuel, il n’existe aucun médicament pour les hommes.

Mais Addyi est tout de même efficace?

Les chiffres retenus par la FDA parlent d’une augmentation de 0,5 à 0,7 du nombre d’événements sexuels satisfaisants par mois, ce qui, statistiquement, est significatif. Mais l’approbation du médicament, annoncée le 19 août, vient avec une série de mises en garde: il doit être pris chaque jour pendant au moins un mois, et il ne doit absolument pas être pris avec de l’alcool. La FDA mentionne sur ce dernier point un risque de problèmes cardiaques et de perte de conscience, encore que l’étude complémentaire sur les risques de l’alcool ait été menée sur deux femmes... et 23 hommes. Des instructions strictes aux pharmaciens et aux médecins devront en accompagner la vente —à partir du 17 octobre aux États-Unis— et une réévaluation du médicament et de ses effets secondaires sera à l’ordre du jour.