Plus de 33% des Américains (ou un sur trois) croient en savoir plus sur la santé que les médecins. Ce sont aussi ceux qui sont les plus susceptibles d’être anti-vaccins. Incidemment, ce sont peut-être aussi ceux qui sont les plus à risque de croire les conseils médicaux de leur artiste préféré.

Trois chercheurs en santé publique et en politique ont testé en décembre dernier 1300 personnes, à qui ils ont demandé de comparer leur propre niveau de connaissance sur les causes de l’autisme avec le niveau de connaissances des médecins et des scientifiques. Ils ont ensuite posé à ces personnes une série de questions factuelles sur l’autisme, incluant le lien allégué avec les vaccins.

Leurs résultats se retrouvent dans l’édition d’août de la revue Social Science & Medicine. L’interrogation initiale des chercheurs s’enracinait dans un concept connu des psychologues sous le nom d’effet Dunning-Kruger: c’est la tendance qu’a une personne à sous-estimer son ignorance d’un sujet…  ou à surestimer son niveau de connaissance! Le concept a servi à de nombreuses expériences entourant des débats sur des enjeux controversés et, à l’heure des réseaux sociaux, l’effet Dunning-Kruger a souvent été associé à des discussions stériles au cours desquelles les avis des experts étaient rejetés au profit de « mon opinion ».

Le concept trouve du coup une résonance dans l’étude dont il est question ici: 62% de ceux qui ont répondu incorrectement aux questions sur l’autisme disaient en savoir autant ou plus que les médecins et les scientifiques, contre seulement 15% de ceux qui avaient obtenu les bonnes réponses. Au-delà du problème de la vaccination, écrivent les chercheurs, « nous soupçonnons que cet excès de confiance a d’importantes conséquences sur les politiques ».