Les amateurs de théories du complot — ou de mystères à la Dan Brown — en auront pour leur argent : une lettre « perdue » de Galilée lui-même vient de resurgir du passé, démontrant comment il avait altéré ses propres écrits pour tromper l’Inquisition de l’époque — et réussi.

En 1633, l’astronome avait été condamné pour hérésie — pour avoir dit que la Terre n’était pas au centre de l’Univers, et autres déclarations dérangeantes. Mais c’était la fin d’un très long processus, que le « suspect » avait vu venir au moins 20 ans plus tôt : dans une lettre de sept pages envoyée à un ami le 21 décembre 1613, « G.G. » (Galileo Galilei) semble être d’ores et déjà engagé dans un processus de « damage control », comme des relationnistes auraient pu le lui suggérer au 21e siècle.

On savait que deux copies de cette lettre existaient : l’une, envoyée à l’Inquisition, à Rome, présumément par un enquêteur de l’époque, et aujourd’hui conservée aux archives du Vatican. L’autre, que l’on disait avoir été écrite sur un ton moins hostile, mais qui avait été perdue, présumait-on jusqu’à aujourd’hui. Elle formait pourtant une des bases de la défense de Galilée : le ton hostile de sa lettre détenue par l’Inquisition, disait-il, n’était pas de lui, mais d’un clerc qui, à Rome, aurait réécrit sa lettre pour lui nuire.

Or, il se trouve que le ton de la copie était bel et bien plus conciliant. Cette lettre était en possession de la Société royale de Londres au moins depuis le 18e siècle, mais ce n’est que cet été qu’un étudiant italien au post-doctorat en histoire, Salvatore Ricciardo, a mis la main dessus. Elle figurait même au catalogue de la bibliothèque — quoique mal cataloguée, ce qui peut expliquer que personne ne l’ait remarquée avant.

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Ricciardo et l’historien des sciences Michele Camerota en décrivent les implications dans une édition à paraître de la revue de la Société royale, Notes and Records. Un reportage de la revue Nature en dévoile les principaux éléments. Cette copie, écrivent Ricciardo et Camerota, confirme la défense de Galilée : il avait bel et bien écrit cette lettre, à l’origine, au mathématicien Benedetto Castelli, à Pise, en 1613, et la copie traitée par l’Inquisition en 1615 ne serait donc pas l’original. Les historiens savaient que Castelli avait retourné cette lettre à Galilée, à sa demande, en 1615. On ignore ce qui lui est ensuite arrivé, mais la version retrouvée à Londres contient suffisamment de ratures et de mots effacés — que la technologie moderne permet de déchiffrer — pour voir les paragraphes où Galilée tente d’arrondir les angles.

Par exemple : dans sa première version, il se référait à un passage de la Bible comme étant « faux si on s’en remet au sens littéral des mots ». Il a raturé le mot « faux » pour le remplacer par « semble différent de la vérité »

En 1616, Galilée allait être formellement prévenu qu’il devait abandonner son appui au modèle, développé par Copernic 70 ans plus tôt (Des révolutions des sphères célestes), comme quoi c’est autour du Soleil, et non de la Terre, que tournent les planètes. En 1632, il publie Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, un argumentaire sur les différentes preuves soutenant (ou non) les deux modèles — le Soleil ou bien la Terre. En réplique, l’Inquisition le convoque à Rome pour subir un procès. En 1633, il est condamné pour hérésie et son livre est interdit. Sa sentence consiste en une assignation à résidence, qui durera jusqu’à son décès, neuf ans plus tard.

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