Le rapport de la « Commission globale sur l’adaptation », déposé lundi, contient des recommandations qui pourraient satisfaire autant les climatosceptiques que le reste de l’humanité : développer des systèmes d’alerte aux désastres, adapter les infrastructures côtières et mieux protéger les marais et zones humides, barrières naturelles en cas d’inondations.

Ainsi, lit-on dans leur rapport, rien qu’une alerte de 24 heures avant une tempête ou une canicule pourrait réduire les dommages de 30 %. Des infrastructures mieux adaptées aux changements climatiques — comme des barrières anti-inondations ou des pavages plus poreux, comme on en voit apparaître en Chine — sauveraient 4 dollars pour chaque dollar dépensé. Et une meilleure protection des marais et des zones humides pourrait réduire les dégâts causés par les inondations, au point d’économiser, évalue le rapport, 80 milliards de dollars par an.

Créée en 2018 à l’initiative des Pays-Bas, la Commission globale sur l’adaptation réunit 20 pays, dont le Canada, la Chine et le Royaume-Uni, sous la direction du secrétaire général des Nations Unies, ainsi que les représentants d’organisations internationales, et des gens d’affaires. Un de ses buts est spécifiquement d’offrir un argumentaire économique, plutôt que scientifique, à la lutte contre les changements climatiques, à l’intention des politiciens et des gens d’affaires qui sont réticents à investir pour un combat dont ils ne voient pas l’urgence ou la nécessité.

L’argumentaire économique va d’ailleurs au-delà de l’urgence climatique, afin de parler au plus grand nombre de gens : les zones humides, par exemple, gagnent aussi à être protégées pour les réserves de poissons qu’elles abritent et pour les touristes qu’elles attirent. Investir dans une agriculture plus résistante aux inondations permettrait de réduire les risques de famine en Inde, mais aussi d’augmenter les rendements.

En tout, lit-on dans leur rapport de 88 pages, les investissements qu’ils proposent représenteraient 1 800 milliards de dollars US entre 2020 et 2030, qui généreraient 7 100 milliards en bénéfices.

À l’échelle mondiale le nombre de gens privés d’un accès à l’eau potable risque d’augmenter de plus d’un milliard d’ici une génération, pour atteindre les 5 milliards — nourrissant davantage de conflits et obligeant à davantage de migrations. Alors que dans certaines régions, une meilleure gestion de l’eau potable, pour en limiter les fuites ou l’évaporation, permettrait d’inverser la tendance.

« C’est dans l’intérêt d’une nation que d’investir dans l’adaptation », défend Patrick Verkooijen, directeur du Centre global sur l’adaptation, qui défend l’idée que ça puisse aussi être dans l’intérêt d’investisseurs privés. Les impératifs moraux demeurent : Verkooijen utilise l’expression « apartheid climatique », en référence au fait que les plus pauvres n’auront pas les moyens d’échapper aux impacts les plus dommageables, tandis que les plus riches peuvent toujours déménager ailleurs.