De récentes études montrent que les vaccins contre les oreillons, la coqueluche, la méningite et la fièvre jaune perdent  plus rapidement leur efficacité que ne le laissent supposer les recommandations officielles.

Les vaccins sont un outil essentiel de santé publique depuis des décennies et pourtant, rappelait récemment la revue Science, leur durabilité n’est pas toujours bien comprise. Après avoir été approuvés par les autorités de la santé, les vaccins arrivent sur le marché des années avant qu'on ait une idée précise de leur durée totale d’efficacité. La protection offerte par un vaccin est rarement pendant toute une vie et lorsqu’elle disparait, cette baisse peut ne pas être remarquée, particulièrement lorsque le vaccin est très utilisé dans la population —c’est l’effet d’immunité de groupe, dont on parle beaucoup en ce moment, lorsqu’une personne est statistiquement moins à risque d’être infectée parce que tout le mode autour d’elle est immunisé. 

Le déclin de l’immunité vaccinale n’est toutefois pas un phénomène du « tout ou rien » et un retour d’infection conduit souvent à des symptômes beaucoup moins graves. Pour ajouter à la confusion, deux vaccins essentiels, celui contre le tétanos et celui contre la diphtérie, semblent avoir, eux, une plus grande longévité que celle supposée.

La question de savoir pourquoi certains vaccins protègent pendant quelques semaines —on pense à celui contre la grippe— et d’autres, toute une vie, fait travailler depuis longtemps les chercheurs. Cela dépend principalement de la mémoire immunologique qui n’est pas parfaitement comprise et ça reste un des enjeux majeurs de la vaccination, selon l’immunologiste qui est à la tête du projet Human Vaccines Project, Wayne Koff.

Toute la science des vaccins tente donc de reproduire les exploits de la mémoire naturelle du système immunitaire. L’idée est d’imiter sa capacité à réagir au contact d’un agent infectieux, à l’aide d’imitations inoffensives de virus ou de bactéries.

Mais combien de temps, cette réaction peut-elle durer après la vaccination? Dans une revue de 11 études récentes sur la durabilité des vaccins antigrippaux parue en 2018, les chercheurs ont conclu que l’efficacité peut disparaître dès 90 jours après la vaccination. Près de 20% des Américains qui reçoivent leur vaccin contre la grippe de manière précoce, dès le mois de septembre, seraient donc moins protégés au moment où la grippe atteint son point culminant, en janvier et février.

Par contre, être vacciné, même trop tôt, rendrait généralement les symptômes de la maladie moins sévères.

Pour certains vaccins, comme celui contre les oreillons, les chercheurs seraient d’avis d’ajouter une troisième dose vers 18-29 ans – la période où ils constatent une résurgence, selon une étude de 2018 – et des rappels à chaque 10 ans, comme cela est le cas dans l’armée américaine, où les retours d’éclosions sont absents.

Ce qui est d’ailleurs recommandé depuis l’an dernier par le Comité aviseur américain sur les pratiques de vaccination. Mais pas par l’Organisation mondiale de la santé, alors que de nombreux experts lui reprochent de ne pas faire la promotion du rappel des vaccins pédiatriques à l’âge adulte.

Le vaccin contre les infections à papillomavirus humain (VPH) pourrait à sa manière contribuer à cette quête de longévité de la vaccination. Une version inusitée du vaccin VPH connaît une stabilité plus longue que prévu. Pour élaborer ce vaccin non infectieux, les chercheurs ont génétiquement modifié un virus pour fabriquer des copies d’une protéine de surface inoffensive du VPH – un assemblage nommé «  virus like particule» (VLP).  Les essais ont montré que presque tous ceux qui ont été vaccinés ainsi développent des niveaux élevés d’anticorps assez stables pendant au moins une décennie.

Cette stratégie a poussé d’autres équipes de recherche à s’y intéresser : un vaccin contre l’hépatite E sur le marché chinois utilise des VLP, et des vaccins VLP expérimentaux contre la grippe, le norovirus, le chikungunya, l’encéphalite, le paludisme et la dengue, sont actuellement en cours de développement.