S’il est acquis depuis longtemps que des températures plus élevées peuvent favoriser la dissémination de la malaria —en augmentant le champ d’action des insectes— l’expérience des 25 dernières années démontre aussi que ce n’est pas la température qui est le plus gros problème.
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Une analyse publiée récemment dans la revue Nature distingue deux façons différentes par lesquelles les changements climatiques peuvent affecter la malaria dans l’avenir immédiat: soit par des changements graduels à l’environnement —comme un lent élargissement du territoire d'un insecte— soit par des « chocs climatiques » comme des inondations ou des ouragans, qui obligent hommes et femmes à se déplacer par millions et leur bloquent temporairement l’aide médicale.
Or, la distinction est importante, écrivent deux chercheuses en sciences de l’environnement qui commentent cette même étude dans Nature, parce qu’on a compris ces dernières années que les changements climatiques allaient se manifester par davantage d’événements météorologiques extrêmes, et non uniquement par une élévation graduelle de la température. Sauf que les projections quant aux futures maladies ont plus souvent reposé sur des scénarios de changements graduels: combien de fractions de degré Celsius d’ici 2050, combien de gens à risque dans les écosystèmes nouvellement couverts par les moustiques porteurs de la malaria, etc.
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À travers l’Afrique, écrivent ces chercheuses de l’Université Oxford et de l’Université de l’Iowa, « l’image change radicalement lorsque la météo extrême est prise en compte ». L’augmentation des inondations et des ouragans pourrait se traduire par 123 millions de cas de malaria supplémentaires et plus de 500 000 décès d’ici à 2050, si le réchauffement de la planète se poursuit au rythme actuel. Plus des trois quarts de cette augmentation ne serait pas le résultat d’un accroissement de l’habitat des moustiques, mais le résultat des « perturbations: résidences endommagées, interruption de la distribution des moustiquaires et accès réduit aux traitements ».
Qui plus est, la grande majorité de ces nouveaux cas seraient dans des régions qui sont déjà à risque élevé, densément peuplées (sud du Nigéria, Grands Lacs), chez des populations plus pauvres ou plus vulnérables.
Cette mauvaise nouvelle survient pourtant dans un contexte de bonnes nouvelles: ces dernières décennies, la malaria a reculé grâce à une meilleure distribution des lits à moustiquaires et un meilleur accès aux soins. Mais « ces gains sont fragiles » et les protéger nécessite de s’attaquer à des « problèmes qui sont beaucoup plus difficiles à résoudre que l’abondance de moustiques: la pauvreté, des infrastructures fragiles et des systèmes de santé qui vacillent sous la tension ».





