Les vaccins chinois contre le coronavirus pourraient être moins efficaces qu’annoncés, et l’information est venue samedi dernier du directeur de l’organisme chinois de contrôle des maladies lui-même.

Il faut toutefois savoir qu’aucune étude de phase 3, c’est-à-dire sur des dizaines de milliers de personnes, n’a été publiée sur l’efficacité de ces vaccins, au contraire des homologues britanniques ou américains. Les données disponibles pour le plus connu, CoronaVac, proviennent uniquement d’essais cliniques de phases 1 et 2, publiées respectivement en novembre et février, rappelait un reportage du British Medical Journal, vendredi dernier. Un second vaccin chinois, produit par la firme Anhui Zhifei Longcom, a fait l’objet d’une étude de phase 2 parue en mars. Tous deux ont obtenu une approbation d’urgence des autorités chinoises, tout comme ceux des compagnies Sinopharm et CanSinoBIO, pour lesquels les seules données disponibles sont celles fournies par les fabricants.

À cet effet, les Émirats arabes unis, où le vaccin de Sinopharm est utilisé, avaient parlé au début de l’hiver d’une efficacité de 86%, tandis que la Turquie avait évoqué 91% avec le CoronaVac. Le Brésil avait plutôt estimé 79% en janvier avec ce dernier vaccin, testé sur 12 000 travailleurs de la santé.

Mais à en croire les propos tenus samedi par Gao Fu, directeur du Centre chinois de contrôle des maladies, l’efficacité ne serait « pas si élevée » et les autorités seraient en train de « prendre en considération » la possibilité de revoir le nombre de doses ou utiliser « différentes lignes technologiques ». Cette dernière possibilité a été interprétée, à tort ou à raison, comme une porte ouverte au développement d’un vaccin chinois utilisant la technologie de l’ARN messager, comme les vaccins de Pfizer et de Moderna.

Il y avait déjà eu des signaux d’alarme. Les Émirats arabes unis ont invité le mois dernier un certain nombre de ceux qui avaient déjà reçu leur deuxième dose à aller en recevoir une troisième, après que des tests d’anticorps aient révélé une réponse immunitaire jugée insuffisante. Et quant au Brésil, dans un deuxième rapport paru cet hiver, il n’évoquait plus qu’un taux d’efficacité de 50%.

Dès dimanche, les propos de Gao Fu étaient censurés sur les médias sociaux chinois et celui-ci déclarait au journal d’État avoir été mal compris. C’était en effet une rare admission venant de la Chine qui a beaucoup misé, depuis quatre mois, sur la « diplomatie vaccinale » —c’est-à-dire la distribution à faible coût de son vaccin dans des dizaines de pays qui sont en attente de ceux des autres pays riches. L’Inde et la Russie sont également engagées dans cette forme d’échange. Une soixantaine de pays ont approuvé l’usage d’un ou de vaccins chinois sur leur territoire, mais la distribution est encore loin de répondre à la demande.

 

Ajout, 7 mai: L'OMS a accordé une autorisation d'urgence au vaccin Sinopharm, susceptible de faciliter son achat pour plusieurs pays, à travers le programme COVAX.