Nul n’oserait dire que la domestication rend les animaux plus intelligents. Mais en attendant, elle stimule des régions du cerveau, au point d’en modifier la taille, selon une étude sur des renards qui est en cours depuis pas moins de six décennies.

Cette « expérience » est même devenue, au fil des générations —autant les générations de renards que d’humains— l’une des plus riches en enseignement des sciences comportementales. Depuis 1959, dans une ferme de Sibérie, près de Novossibirsk, différents groupes de renards roux (Vulpes vulpes) sont élevés séparément. Dans le premier, seuls ceux qui réagissent sans crainte aux humains sont autorisés à s’accoupler. Après plus de 40 générations, s’est dégagé sans surprise ce à quoi tout le monde s’attendait: les renards « sélectionnés » sont beaucoup plus « chiens » que les autres (ils vont spontanément vers les gens, sont affectueux, etc.). Mais d’autres faits insolites se sont aussi dégagés: des taches blanches dans leur fourrure, des oreilles souples et, chez les mâles, des crânes plus petits.

Comme cette « sélection naturelle » vers un crâne plus petit avait aussi été observée chez d’autres espèces domestiquées, les biologistes en avaient déduit ces dernières années que la domestication avait pour effet de réduire la taille du cerveau —on appelle ça le « syndrome de domestication ».

Or, de nouvelles données sur ces renards viennent ébranler cette conclusion. Selon l’analyse d’une équipe internationale portant sur les cerveaux de 30 de ces renards mâles de générations récentes, c’est le « groupe contrôle » —en l’occurrence, les renards qu’on a laissés se reproduire normalement— qui aurait les plus petits cerveaux. Les renards « amicaux » et « agressifs » auraient en revanche le même type de modifications à la taille et à la structure de leurs cerveaux.

Reste que ce n’est pas une étude permettant de comparer tous les paramètres d’un groupe domestiqué, puisque les différents groupes de renards dont il est question ici sont tous en captivité. Il est possible que le parallèle qui semble se dégager entre les « amicaux » et les « agressifs » vienne du fait qu’ils ont tous les deux autant d’interactions avec les humains, et que ce sont ces interactions qui façonnent « l’évolution » de leurs cerveaux, même si le résultat final n’est pas le même.

L’étude, qui est parue le 14 juin dans le Journal of Neuroscience, pose en effet des questions sans apporter de réponse, mais pour une fois depuis les débuts de l’expérience de Novossibirsk, ces questions s’appliquent aussi aux cerveaux des humains. Autrement dit, fait remarquer le New Scientist, les chercheurs ne sont plus juste en train d’essayer de comprendre les comportements ou les interactions qui ont pu façonner l’évolution vers le chien tel que nous le connaissons aujourd’hui, mais les comportements ou les interactions qui pourraient façonner l’évolution de tous les cerveaux, y compris le nôtre.