« On est tellement immergé dans le langage depuis notre plus jeune âge que parler devient notre façon privilégiée de faire émerger un monde de sens avec les autres. » C’est avec ces mots, inspiré du travail de Humberto Maturana et Francisco Varela dans leur ouvrage « L’arbre de la connaissance », que s’ouvre la 9e rencontre de mon livre que j’aurai le plaisir de décortiquer avec vous lors du prochain club de lecture de « Notre cerveau à tous les niveaux ». Cette soirée aura lieu lundi prochain le 26 janvier, à 18h, à la librairie Un livre à soi (1575 Laurier E., Montréal). Elle sera présentée toujours dans le cadre de l’UPop Montréal dont la session d’hiver-printemps (avec les prochains clubs de lecture dans sa programmation) sera lancée le 16 février prochain, à 19h, au théâtre l’Espace Libre (1945 Fullum, Montréal). Mais après la pause du temps des Fêtes, j’avais trop hâte de reprendre ces rencontres mensuelles, alors je n’ai pas attendu la reprise de l’UPop pour programmer celle de lundi prochain. D’autant plus qu’elle a déjà été introduite fin novembre dernier lors de la soirée de projection du long-métrage « La pensée-machine » de Olivier D. Asselin. Je vais donc cette fois-ci élaborer un peu plus que le petit 15 minutes de la dernière fois où je n’avais qu’évoqué de manière impressionniste l’émergence des mondes symboliques communs par le langage qui agit alors comme un véritable tremplin pour la pensée.
Un « tremplin pour la pensée », voilà un bel exemple d’analogie que l’on fait couramment sans y penser et qui constituerait pour certains auteurs dont je vous parlerai lundi, ni plus ni moins que le « cœur de notre pensée ». Dans le sens où on les fait et les comprend naturellement et constamment. Vous n’avez bien sûr pas imaginé des pensées sautant comme des enfants sur une trampoline, mais bien quelque chose qui peut propulser vers le haut à grande vitesse autant des corps que des idées. Même chose quand j’écris que je vais « décortiquer » cette 9e rencontre de mon livre: on ne s’attend pas à ce que j’en enlève l’écorce (ou la couverture ?) mais bien que j’aille au cœur des différents concepts qui y sont présentés.
On ne se rend ainsi pas toujours bien compte que le sens figuré d’un mot ou d’une expression est une analogie que l’on peut faire avec son sens propre. On part alors de quelque chose de concret qu’on va utiliser pour mieux comprendre ou expliciter une pensée plus abstraite. Or ces passages du concret vers l’abstrait ont beaucoup à nous dire sur la nature de ce mode de communication particulier au sein du règne animal que constitue le langage humain. Il permet de retrouver encore une fois cette perspective évolutive si éclairante qui traverse tout mon ouvrage, et qui nous rappelle que, Ô surprise, on a un corps bien concret qui n’est pas né de la dernière pluie ! Et qu’il y a eu avec le développement de nos facultés cognitives cette tendance constante de partir de ce corps, de ce qu’il fait concrètement en « online », et de s’en détacher progressivement pour parvenir à faire du « offline », c’est-à-dire de penser de plus en plus abstraitement. Ce qui n’est pas sans amener son lot de pièges, tous aussi inconscients, si on ne prend pas un petit moment de temps en temps pour se rappeler que « la carte n’est pas le territoire ».
Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
C’est ce que je vous propose de faire ensemble dans notre prochain club de lecture. En essayant de continuer de tisser des liens entre tous les niveaux d’organisation sous-jacents (cérébraux, neuronaux, moléculaires, etc.) qu’on a exploré dans les rencontres précédentes. En particulier le grand cadre théorique du « cerveau prédictif » de notre 8e rencontre qui reviendra par la grande porte à travers l’analogie (qui permet de comprendre du nouveau à partir de l’ancien) et les bases neuronales de l’apprentissage associatif, que l’on avait vu à notre 4e rencontre et sans lesquels aucun « glissement analogique » d’une assemblée de neurone à une autre ne serait possible. Et aucun « glissement sémantique » du sens propre au sens figuré non plus.




