Il y a longtemps qu’on évoque des « transplantations fécales », un scénario à première vue peu ragoûtant. Mais de plus en plus d’études s’accumulent sur les effets positifs, qui en font un scénario avec lequel des patients vont peut-être devoir s’habituer.

Ainsi, le syndrome de l’intestin irritable (ou du côlon irritable) pourrait être atténué pendant pas moins de trois ans grâce à une telle transplantation, selon la dernière étude en lice, parue le 14 juin dans la revue Gastroenterology. Sachant qu’il s’agit d’un problème qui affecte environ 10% de la population mondiale, on mesure mieux pourquoi les avantages pourraient l’emporter sur le léger sentiment de dégoût.

Parce que le terme dit bien ce que c’est: il s’agit de transplanter des matières fécales  —une minuscule portion— de l’intestin d’une personne « saine » à celui d’une personne  « malade ». Ainsi que, surtout, les bactéries qui viennent avec ces crottes. Dans l’espoir que ces bactéries, plus saines, viennent prendre le relais des bactéries incapables de faire leur travail chez le patient.

Le syndrome de l’intestin irritable, en plus de provoquer de la fatigue et des douleurs, peut entraîner constipation et diarrhée. Des médicaments peuvent atténuer les douleurs, mais ne règlent pas le problème, soit ce dysfonctionnement de « l’écosystème » des microbes de l’intestin.

Mieux, dans le cas de cette étude, réalisée en Norvège, un seul donneur, un homme de 36 ans choisi pour son « nombre idéal » de microbes de l’intestin, a suffi pour 87 transplantations. Autrement dit, si la technique se généralisait, on n’aurait peut-être pas le même problème de déficit de donneurs qu’on retrouve ailleurs.

Ces 87 personnes ont reçu un petit échantillon des selles du donneur mêlées à de l’eau, dans leurs petits intestins (ou intestins grêles). Et 38 autres ont reçu un placebo —ce qui s'est traduit, dans ce cas-ci, par une transplantation de leurs propres selles. Trois ans plus tard, au moins les deux tiers du premier groupe avaient moins de symptômes, contre un quart du groupe placebo. Les patients avec les symptômes les plus sévères furent ceux qui ont le mieux réagi. Et l’analyse de « l’écosystème » confirme que la « démographie » des bactéries a bel et bien changé, suggérant une colonisation à long terme de leur nouvel environnement.