La proportion de dioxyde de carbone dans notre atmosphère est minime, ce qui est un des arguments préférés de ceux qui nient son effet sur le climat. Mais elle a beau être minime, elle augmente tout de même depuis plus de 150 ans, explique le Détecteur de rumeurs.

 


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L’origine de l’argument climatosceptique

Ce n’est pas une rumeur: le CO2 constitue bel et bien une partie minime de l’atmosphère terrestre. Les négationnistes des changements climatiques s’en servent depuis des décennies comme d’un argument: parfois dans le but de prétendre que le CO2 ne pourrait pas avoir l’impact qu’on lui prête, puisqu’il ne constitue qu’une portion minime de l’atmosphère; ou parfois pour alléguer que c’est la vapeur d’eau, et non le CO2, qui est le plus important gaz à effet de serre de notre planète.

Il est exact que la vapeur d’eau est le plus important gaz à effet de serre de notre planète, mais cela n’a jamais été contesté.

En avril dernier, la NASA évaluait que l’atmosphère de la Terre était composée de 410 parties par million (PPM) de dioxyde de carbone (CO2). En comparaison, on retrouve plus de 780 000 PPM de diazote (N2) et près de 210 000 PPM de dioxygène (O2) dans ce même air, au niveau de la mer.

Cela signifie donc que le CO2 constitue à peine 0,041 % de l’atmosphère tandis que le N2 et  l’O2 en représentent respectivement 78,08 % et 20,95 %. Le total n’atteint pas tout à fait 100%: la différence est comblée par quelques gaz rares, de même que par la vapeur d’eau (H2O), qui représente 1% de l’atmosphère au niveau de la mer, ou 0,4% en moyenne. Le N2, l’O2 et les gaz rares ne sont pas des gaz à effet de serre, ce qui laisse donc la vapeur d’eau et le CO2 comme détenteurs du titre.

Toutefois, ces chiffres ne traduisent pas toute la réalité ; ni celle de notre planète, ni celle de l’effet de serre.

L'effet de serre

Les gaz à effet de serre constituent une famille de molécules aux propriétés optiques uniques. Ils sont capables d’absorber, puis de réémettre la part du rayonnement solaire que la surface terrestre a absorbée puis restituée. Ces rayons infrarouges, source de chaleur, sont indispensables à notre survie: sans cette chaleur « piégée » dans l’atmosphère, la température moyenne sur Terre serait d’environ –15 °C plutôt que de 15 °C.

Le principal GES est donc la vapeur d’eau, qui contribue environ aux deux tiers de l’effet de serre actuel. Toutefois, sa concentration atmosphérique est relativement stable à long terme, et sa durée de vie dans l’atmosphère est très courte. C’est sur ces deux points que se distingue le CO2, qui contribue à l’effet de serre dans une proportion se situant entre 20 et 30 %. Dans cette contribution, il est suivi du méthane, de l’oxyde nitreux et des chlorofluorocarbures.

Longue durée de vie

Contrairement à la vapeur d’eau en effet, le CO2 demeure assez longtemps dans l’atmosphère, soit environ 100 ans. Ce qui veut dire que ce qu’on envoie là-haut s’accumule, au contraire de l’eau, qui redescend rapidement à la surface du globe et dont le cycle nourrit océans et rivières.

C’est cette accumulation du CO2 qui a pour conséquence que sa concentration atmosphérique augmente depuis les débuts de la Révolution industrielle, au 18e siècle. Le recours sans cesse grandissant aux combustibles fossiles, comme le charbon, le pétrole et le gaz naturel, met en circulation des quantités de CO2 qui n’ont pas été vues depuis des millions d’années, et la vitesse à laquelle cette concentration augmente n’a probablement pas son pareil dans l’histoire de la Terre.

Cette augmentation du CO2 émis pourrait en théorie être contrecarrée par son cycle naturel: une partie du dioxyde de carbone émis a toujours été absorbée par l’environnement. Mais aujourd’hui, les puits naturels de séquestration du CO2 que sont les océans et les forêts ne suffisent plus à la tâche. Et c’est ce surplus qui s’accumule dans l’air, et qui accélère du coup le réchauffement climatique.

À noter que les concentrations de deux autres gaz à effet de serre, le méthane et le protoxyde d’azote, continuent elles aussi de croître. Le méthane est à présent deux fois et demie plus abondant dans notre atmosphère qu’avant la Révolution industrielle.

En chiffres

En chiffres, que représente cette accumulation? Le plus récent Bulletin sur les gaz à effet de serre, publié par l’Organisation météorologique mondiale, parle d’une progression de la concentration moyenne de CO2 dans l’atmosphère de 147 % par rapport aux environs de l’an 1750, soit l’ère préindustrielle. En tenant compte du fait que le taux fluctue légèrement suivant les saisons, nous sommes passés d’une moyenne annuelle d’environ 275 PPM avant la Révolution industrielle, à 300 PPM vers 1950 et à 400 PPM en 2013.

L’Observatoire de Mauna Loa, à Hawaii, a enregistré un record, pour une journée, de 416 PPM en février 2020.

L’augmentation annuelle moyenne de CO2 dans l’atmosphère s’est accélérée dans la deuxième moitié du 20e siècle. Depuis 10 ans, elle est de 2,3 PPM/année.

Bien qu’une association entre le nombre de PPM et le nombre de degrés Celsius soit difficile à chiffrer avec exactitude, les experts ont souvent placé 450 PPM comme la limite à ne pas dépasser pour éviter des conséquences irréversibles sur les courants atmosphériques et la fonte des calottes glaciaires. Or, si la tendance se maintient, la Terre atteindra les 450 PPM dans moins de 20 ans.

Verdict

Bien que les négationnistes du climat n’aiment pas le mot « consensus », il y a, ici, un consensus entre eux et les scientifiques: oui, le CO2 représente une partie minime de l’atmosphère. Mais leur affirmation cache une partie importante de la réalité.

 

Photo: L’atmosphère terrestre et le soleil levant, photographiés depuis la station spatiale le 25 novembre 2009 / NASA / Wikipedia Commons