On se prépare peut-être une petite catastrophe en orbite terrestre. Les satellites Starlink de la compagnie SpaceX ont dû effectuer, en 2025, pas moins de 300 000 manoeuvres pour éviter tout risque de collision.
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Même en supposant que la compagnie ait été trop prudente, ce serait tout de même une hausse de 50% par rapport à 2024, et ce n’est pas fini : il y a maintenant 9400 satellites Starlink en orbite (le premier lancement remonte à 2019), représentant près des deux tiers de tous les satellites actifs. Et si les plans de la compagnie d’Elon Musk se rendent jusqu’à leur terme, il pourrait y en avoir bientôt 30 000.
Or, une collision qui se traduirait par des milliers de morceaux signifierait que ces milliers de fragments métalliques pourraient à leur tour endommager ou détruire d’autres satellites, rendant peu à peu inutilisable une partie de l’orbite terrestre basse: c’est celle qui, à moins de 1000 km d’altitude, est privilégiée pour l’observation de la Terre, la télédétection et les communications. Une telle destruction en chaîne s’appelle le syndrome de Kessler, du nom de l’astrophysicien américain Donald J. Kessler qui, en 1978, avait imaginé ce scénario-catastrophe.
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Comment détermine-t-on si ces manoeuvres sont trop prudentes ? Dans l’industrie des satellites, explique le New Scientist, la norme était d’effectuer une manoeuvre lorsqu’il y avait un risque sur 10 000 de collision. SpaceX en fait une lorsque le risque est de 3 sur 10 millions. Mais ce calcul du risque, prévenaient en décembre quatre astrophysiciens dans une recherche prépubliée, se complexifie à mesure que se multiplie le nombre d’objets là-haut. Et les délais pour réagir sont plus courts qu'avant. Leur article était intitulé « Un château de cartes orbital ».
Les données sur le nombre de manoeuvres sont publiques parce qu’une agence américaine, la FCC (Federal Communications Commission), qui gère entre autres les lancements de satellites, oblige de publier tous les six mois un rapport sur ces manoeuvres en orbite. Et dans son tout dernier rapport, daté du 31 décembre, SpaceX parlait de 149 000 manoeuvres effectuées entre juin et novembre 2025. Le précédent rapport en comptait 144 000 pendant les six mois précédents.
À ce rythme, on pourrait atteindre le million de manoeuvres en 2027, et la Chine envisage elle aussi de déployer une « constellation » de dizaines de milliers de satellites. Plus modeste, le projet Leo de la compagnie Amazon en prévoit un peu plus de 3000, dont 200 sont déjà en orbite.
« Du point de vue de la physique », énonce le chercheur britannique Hugh Lewis dans le New Scientist, « ce n’est pas bon. Nous avançons vers un très mauvais scénario en orbite. Ce n’est pas soutenable. »




