À l’heure qu’il est, on a tous compris que le variant Omicron se répandait pas mal plus vite que ses prédécesseurs, mais que l’inquiétude est avant tout du côté des hospitalisations: Omicron causera-t-il beaucoup ou peu de cas graves nécessitant des hospitalisations? Le Détecteur de rumeurs fait le point sur ce qu’on en sait.


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Ce texte a été remis à jour le 31 décembre

D’emblée, c’est un calcul mathématique en apparence simple: dans un scénario fictif où Omicron serait trois fois plus contagieux que Delta mais trois fois moins sévère, le nombre d’hospitalisations resterait stable. Si Omicron était par contre deux fois moins sévère, ou tout aussi sévère, les hospitalisations commenceraient à augmenter très vite, deux ou trois semaines après l’augmentation des cas.

1) En Afrique du Sud, les premières nouvelles relativement bonnes sont venues le 14 décembre. Selon un rapport publié par la compagnie d’assurances Discovery Health (et non une recherche révisée par d’autres experts) une double vaccination semble offrir une faible protection contre les infections à Omicron (33%), mais une protection relativement forte contre les hospitalisations, soit 70%. C’est de cette étude que provient le chiffre de 70% qu’on a vu apparaître depuis quelques jours dans plusieurs reportages. Il a également été utilisé, au Québec, par l’INESS pour faire, le 15 décembre, ses projections sur la hausse des hospitalisations pendant les Fêtes: une hausse inquiétante, mais qui resterait à l’intérieur de la capacité des hôpitaux.

Parallèlement, les rapports des hôpitaux sud-africains ont noté que le pays ne semblait pas faire face, pendant la première quinzaine de décembre, à une hausse inquiétante des hospitalisations, en dépit d’une augmentation fulgurante du nombre de cas de COVID. Une étude pré-publiée le 21 décembre (couvrant des cas dépistés jusqu'au 6 décembre) tend à le confirmer: elle conclut que les personnes infectées par Omicron avaient de plus faibles chances de se retrouver à l'hôpital que ceux infectés par les autres variants pendant la même période. 

Un bémol: comme on l’a maintes fois noté depuis la fin de novembre, la population sud-africaine est plus jeune que les populations européennes ou nord-américaines. Par exemple, l’âge moyen de la population étudiée par Discovery Health était de 34 ans.

Enfin, depuis la semaine du 13 décembre, la courbe des cas quotidiens dans la province de Gauteng —là où la crise a commencé— semble redescendre vers le bas. Un fait confirmé par le gouvernement sud-africain le 30 décembre: le pic est derrière eux. On ignore s’il faut y voir une indication que la « vague Omicron » pourrait avoir une courte durée de vie, ou bien qu’elle aurait commencé là-bas beaucoup plus tôt sans être détectée. C’est pourquoi les experts regardent avec attention du côté des premiers pays européens touchés par Omicron.

2) Au Danemark, les toutes premières données d’hospitalisations, publiées le 13 décembre, ont apporté des nouvelles mitigées. Bien que les experts y suggéraient que le taux d’hospitalisation des gens infectés par Omicron pourrait être similaire au taux d’hospitalisation des gens infectés par les variants précédents, les chiffres sont restés, depuis, modérément rassurants. En date du 20 décembre, on parlait de près de 22 000 cas d’Omicron recensés depuis le 22 novembre, dont 13 000 depuis le 14 décembre, et de 40 hospitalisations. Avec, là aussi, un important bémol: il peut y avoir un décalage de deux semaines entre la montée de la courbe des cas et la montée de la courbe des hospitalisations.

Le 23 décembre, l'épidémiologiste en chef, Tyra Grove Krause, se disait confiante d'éviter le scénario du pire. Les hospitalisations quotidiennes (environ 125) étaient dans la limite basse de ce qui avait été prévu. Peut-être avec l'aide de la troisième dose: déjà 37% de la population l'avait reçu à ce moment.

3) En Grande-Bretagne, une étude du Collège impérial de Londres parue le 16 décembre, qui était une modélisation à partir des analyses de laboratoire, formulait deux conclusions: d’une part, que la protection offerte par une double vaccination de Pfizer était faible pour empêcher les infections et qu’une dose de rappel serait sans doute nécessaire; mais d’autre part, que la protection offerte contre les infections graves —celles susceptibles de conduire à des hospitalisations— bien qu’amoindrie, demeurait tout de même élevée (80% contre 95% face au Delta).

Or, cela semble se confirmer dans un rapport préliminaire du même Collège, publié le 22 décembre: en comparant les cas de Delta et d'Omicron, les chercheurs concluent que les patients infectés par Omicron seraient 15 à 20% moins à risque de devoir aller à l'hôpital, et 40% moins à risque d'être hospitalisés pour plus d'une nuit. Les chiffres sont encore plus encourageants dans un nouveau rapport britannique le 31 décembre, selon lequel les gens infectés par Omicron seraient 50% moins à risque d'être hospitalisés que les gens infectés par Delta. Il s'y confirme aussi que la vaccination prévient les cas les plus sévères d'Omicron: le risque est 65% moins élevé chez ceux qui ont eu deux doses. 

Une étude préliminaire en provenance d'Écosse avant Noël allait dans la même direction: en comparant les cas de Delta et d'Omicron dépistés du 1er novembre au 19 décembre, les chercheurs de l'Université d'Edimbourg concluent que les patients infectés par Omicron seraient 60% moins à risque d'être hospitalisés. Cette dernière étude, au contraire de celle du Collège de Londres, ne s'est toutefois intéressée qu'aux admissions à l'hôpital, ce qui écarte les personnes infectées qui auraient eu des symptômes sévères mais auraient choisi de ne pas aller à l'hôpital. 

Autant au Danemark qu’en Grande-Bretagne et en Écosse, les chercheurs semblent par ailleurs s’entendre sur le fait qu’une troisième dose (un « booster ») augmente considérablement la protection. 

4) Aux États-Unis, la veille de Noël, des médecins commencent à se montrer prudemment optimistes. À New York par exemple, commente sur Twitter Farzad Mostashari, du département de la santé de la métropole, si Omicron provoquait le même pourcentage d'hospitalisations que Delta, la courbe des hospitalisations aurait dû commencer à grimper, considérant le nombre de jours écoulés depuis qu'a commencé la hausse des cas, le 13 décembre. 

5) Lors d’une rencontre organisée virtuellement par l’Organisation mondiale de la santé le 15 décembre, plusieurs des experts internationaux présents ont fait état de données de laboratoire préliminaires tendant à confirmer que les anticorps réagissaient moins bien face à Omicron que face aux autres variants —c'est ce qui rend les vaccinés vulnérables aux infections. Mais qu’en contrepartie, un autre mécanisme de notre système immunitaire, les cellules T, continuait de bien réagir, protégeant les gens infectés contre les formes plus graves de la COVID, donc limitant les risques d’hospitalisations.

Une équipe internationale a pré-publié le 14 décembre des conclusions similaires sur l’efficacité de six vaccins —dont le chinois Sinopharm et le russe Spoutnik— contre Omicron.

D'autres études pré-publiées, sur des humains ou sur des souris et des hamsters, ont continué d'apparaître pendant le temps des Fêtes, tendant à confirmer que nos cellules T résisteraient bien à Omicron, ce qui empêcherait la majorité des infections de devenir trop sévères. Plusieurs de ces chercheurs supposent que le variant attaquerait les voies supérieures (nez, gorge) mais ferait moins de dommages aux poumons. 

Dans une nouvelle étude sud-africaine pré-publiée le 29 décembre, on note que la sévérité des hospitalisations dans la province de Gauteng pendant les quatre premières semaines de la vague Omicron, est moindre que lors des vagues Delta et Beta: 28% des patients avaient des symptômes graves, contre 60% et 66%. 

Les chercheurs qui, à travers le monde, tentent de faire des modélisations —c'est-à-dire prédire l'évolution de la situation— restent toutefois prudents: même un taux d'hospitalisation réduit peut se traduire par beaucoup d'hospitalisations, vu la vitesse à laquelle Omicron se répand. 

 

Ce texte a été remis à jour le 22 décembre avec l'étude sud-africaine publiée le 21 décembre et avec les rapports britannique et écossais publiés le 22 décembre. Autre remise à jour le 22 décembre avec le dernier paragraphe sur les modélisations.
Remise à jour le 24 décembre avec le dernier paragraphe du Danemark et les données préliminaires de New York.  
Remise à jour le 29 décembre avec les études sur la résistance des cellules T et la nouvelle étude sud-africaine sur les hospitalisations. Le titre a été allégé avec le retrait des mots "pas grand-chose". 
Remise à jour le 31 décembre: pic dépassé en Afrique du sud, étude sur des hamsters et étude britannique du 31 décembre.     

Image: Our World in Data, 21 décembre