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Il y a deux problèmes lorsqu’on parle d’études sur les impacts des réseaux sociaux. Le premier, qui est connu depuis longtemps, est que les compagnies sont très réticentes à donner accès à leurs données. Le deuxième, moins connu, est qu’un pourcentage indéterminé des études sur ces plateformes ont des liens, financiers ou autres, avec les compagnies elles-mêmes.

Ce dernier constat vient d’apparaître dans une étude prépubliée, c’est-à-dire qui n’a pas encore été révisée par d’autres chercheurs —mais cette étude, précisent ses auteurs, n’est pas financée par une des plateformes. 

En gros, plus de la moitié des études auraient un ou des liens avec l’industrie, et près du tiers n’auraient pas déclaré ces liens. Le calcul est à prendre avec prudence, puisque pour leur compilation, ces auteurs n’ont tenu compte que des études parues dans cinq revues scientifiques « majeures » depuis 2010, soit environ 300. Dans leur définition, « avoir des liens » signifie soit que les chercheurs ont été financés en partie par la compagnie, soit qu’ils ont travaillé avec un ou des co-auteurs qui étaient employés de la compagnie. 

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Jusqu’à quel point ces liens influencent-ils les choix de sujets? C’est la question que pose un reportage de la revue Science: « les études liées à l’industrie semblent plus susceptibles de se centrer sur des thématiques comme la façon dont les individus partagent de la désinformation, plutôt que sur le rôle des plateformes et de leurs algorithmes » dans la distribution de cette désinformation. 

On peut y voir un parallèle avec l’époque où l’industrie du tabac finançait des études sur des produits potentiellement cancérigènes: les recherches étaient de qualité et permettaient réellement d’identifier de tels produits, mais cela permettait aussi à l’industrie du tabac de tenter de réduire sa responsabilité.

Pour contrer le premier problème, soit la difficulté d’accéder aux données, un modèle improbable avait longtemps été Twitter: avant son acquisition par Elon Musk en 2022, cette plateforme était celle qui autorisait le plus grand nombre de chercheurs à avoir accès à son API (Application Programmer Interface). Ce qui explique que dans la dernière décennie, un grand nombre d’études sur les comportements des gens sur les réseaux sociaux aient porté sur Twitter, davantage que sur les autres plateformes. 

Une des raisons d’être de la loi européenne sur le numérique (Digital Services Act) est d’obliger ces compagnies à faire preuve d’un peu plus de transparence, notamment quant à leurs pratiques publicitaires ou de modération de contenu. On a pu sentir dans la dernière année une résistance de certains riches entrepreneurs, en particulier Elon Musk, mais surtout du gouvernement Trump

Pour lutter contre le deuxième problème toutefois —les liens avec l’industrie ou les apparences de conflits d’intérêt— la balle est plutôt dans le camp du monde universitaire. Beaucoup de ces recherches sont en sciences sociales: or, comme le rappelle la revue Science, « les normes sur les conflits d’intérêt sont moins bien établies » que dans des disciplines comme la médecine. Il y aurait donc un travail « d’éducation » à faire auprès de ces chercheurs, commente l’historienne des sciences Naomi Oreskes, de l’Université Harvard. Parce que, avec ces géants des réseaux sociaux qui ont d’énormes moyens pour investir dans la recherche sur leurs propres contenus, le potentiel pour des conflits d’intérêt est énorme.

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