Des emballages qui changent de couleurs en présence de pathogènes, de l’huile qui empêche le cholestérol d’entrer dans le sang, des vitamines qui sont absorbées plus vite, des ustensiles antibactériens... Voilà des exemples d’applications agroalimentaires de la nanotechnologie. Et les compagnies investissent des millions pour en développer d’autres. Beaucoup d’autres! Mais peu de recherche se fait pour connaître leurs effets sur la santé ou l’environnement.

L’industrie agroalimentaire est toujours à la recherche de nouvelles technologies afin d’améliorer la qualité de ses produits ou leur durée de vie sur les rayons. De nouvelles opportunités apparaissent avec l’arrivée de la nanotechnologie - qui vise la fabrication ou l’utilisation de molécule au niveau atomique, soit de 0,1 à 100 nanomètres. Le diamètre d’un cheveu mesure environ 100 000 nanomètres !

Le Project on Emerging Nanotechnologies inventorie plus de 600 produits commercialisés à travers le monde issus de la nanotechnologie. Dans la catégorie « aliments et breuvages », 47 produits sont présents aux États-Unis. Ces produits vont des bouteilles de bière en plastique, des emballages, des suppléments alimentaires, du dentifrice en passant par des ustensiles de cuisine antiadhésifs. Ces produits n’ont toutefois pas tous reçu une approbation de la FDA et sont parfois en vente libre sur Internet.

Par contre, dans la même catégorie un seul produit est commercialisé au Canada : le nanoSlim MC, une diète amaigrissante en micropilule où les ingrédients actifs ont été réduits à la taille nanométrique afin d’en maximiser l’absorption et l’efficacité.

À la recherche des effets sur la santé…

Sous sa taille originale, une substance peut être considérée comme toxique pour l’humain à partir d’une certaine quantité. Or, lorsqu’elle se retrouve à l’échelle nanométrique, cette même substance acquiert une plus grande surface. Ses propriétés physico-chimiques, notamment sa réactivité, peuvent par conséquent changer. Son seuil de toxicité pourrait ainsi diminuer.

On peut spéculer qu'une matière inorganique à l’échelle du nanomètre est inerte. Toutefois, sans données rigoureuses qui s'adressent spécifiquement à cet enjeu, il est impossible de savoir quels effets physiologiques vont survenir, et, surtout, d’établir les niveaux d'exposition à ne pas dépasser.

Par ailleurs, de par leur très petite taille, les nanoparticules peuvent pénétrer des cellules vivantes et ainsi s'accumuler dans les organes. De plus, des éléments toxiques pourraient s'y attacher.

Des données sont aussi nécessaires afin d’évaluer l’interaction des nanoparticules avec les autres nutriments dans le tube digestif, leurs taux d’absorption, leur biodisponibilité ainsi que leurs effets sur les cellules épithéliales de l’intestin, ou sur la microflore de ce dernier.

En plus des aliments issus de la nanotechnologie, l’exposition des consommateurs aux nanoparticules dépend de la migration possible de celles contenues dans les emballages vers les aliments qu’ils contiennent. L’ampleur de cette migration résulte en partie du mode de fixation des nanoparticules à l’emballage.

Certaines compagnies développent des pesticides et des engrais à base de nanoparticules afin d’augmenter la production agricole, d’améliorer la qualité du sol par la réduction du ruissellement, d’améliorer la solubilité ou l’absorption du produit et de réduire le contact des travailleurs agricoles avec les ingrédients actifs. Encore là, les nanoparticules pourraient migrer vers l’aliment. Pour l’instant, peu de recherches ont porté sur ces possibles migrations. Toutes ces répercussions potentielles font l’objet d’études.

… et sur l’environnement

L'utilisation des nanoparticules en agroalimentaire peut aussi avoir des répercussions sur l'environnement, tant positives (par exemple, une meilleure qualité de l'air ou de l'eau par nano-filtration des rejets agricoles) que négatives (par exemple, un rejet de nanoparticules dans l'eau par les engrais, le lavage des emballages ou des ustensiles et la consommation des nanocapsule d'engrais par les animaux ou les oiseaux).

Nourrir le débat éthique

Comme pour toute innovation technologie, la nanotechnologie suscite craintes et espoirs. D’autant plus dans le secteur agroalimentaire, car il touche à une de nos fonctions vitales : manger. Les compagnies seraient même de plus en plus hésitantes à promouvoir leurs recherches dans le domaine de la nanotechnologie, de peur d'alimenter les craintes de la population.

La Commission de l’éthique de la science et de la technologie du Québec se penche d’ailleurs sur les enjeux éthiques soulevés par les applications agroalimentaires de la nanotechnologie. Son rapport est prévu à la fin de l’année 2010…

Pour en savoir plus sur la nanotechnologie, je vous invite à lire (ou relire!) mon billet Nanotechnologies – Plus de transparence pour éviter un ratage de type OGM

Références

Agence française de sécurité sanitaire des aliments (2009) Nanotechnologies et nanoparticules dans l’alimentation humaine. 27 pages.

Commission de l’éthique de la science et de la technologie (2010) Projets en cours – nanotechnologie et agroalimentaire.

CSREES/USDA (2003) Nanoscale science and engineering for agriculture and food systems.

ETC Group (2004) Down on the Farm – The Impacts of Nano-Scale Technologies on Food and Agriculture. Ottawa. 74 pages.

Food Standard Agency (2008) Assessment of Current and Projected Applications of Nanotechnology for Food Contact Materials in Relation to Consumer Safety and Regulatory Implications. 93 pages.

Kuzma, J. et Verhage, P. (2006) Nanotechnology in Agriculture and Food Production – Anticipated Applications. Woodrow Wilson International Center for Scholars, Washington. 44 pages.

Project on Emerging Nanotechnologies (2010) Agriculture and Food – Agrifood Nanotechnology Research and Development.

European Food Safety Authority (2009) Scientific Opinion - The Potential Risks Arising from Nanoscience and Nanotechnologies on Food and Feed Safety. EFSA Journal 958, 1-39.

Scott-Thomas, C. (19 jui. 2010) Food companies go quiet on nanotech research activity . Food Production Daily.