Au-delà des différences culturelles, se pourrait-il que notre langue façonne notre vision du monde? Dans le passé, les chercheurs se sont posé la question. Les réponses ont surtout démontré que certaines langues tendent à mettre l’emphase sur certains éléments, tels que l’organisation spatiale, le temps, etc.

Une récente étude a retourné la question. Des chercheurs européens se sont plutôt demandé si les personnes bilingues possédaient deux visions différentes? Les résultats sont sans précédent.

Selon l’étude, les personnes dont l’allemand est la langue unique tendent à spécifier les références temporelles et les finalités d'une action tandis que les anglophones tendent à en spécifier principalement l’action. En montrant une scène où une femme marchait dans la rue en se dirigeant vers une voiture, environ 40% des Allemands ont décrit que la femme se dirigeait vers une voiture. Seulement 25% des Anglais ont répondu ainsi. Cela voudrait dire que les Allemands paient plus d’attention à la finalité d’une tâche, tandis que les anglophones retiennent plutôt l’action en cours. Par exemple, pour ce dernier, ce n'est qu'une femme qui marche dans la rue.

Par la suite, les chercheurs ont évalué ce qui se passait lorsqu’ils évaluaient des personnes bilingues, parlant l’allemand et l’anglais. Ils leur ont fait analyser diverses scènes différentes, dans les deux langues.

En premier, ils ont évalué que selon le pays et la langue dans laquelle les tests étaient menés, les réponses étaient différentes. Par exemple, les sujets allemands et bilingues, testés en allemand et en Allemagne, ont eu les mêmes résultats que ceux dont l’allemand est la langue unique. D’un autre côté, d’autres sujets allemands et bilingues, testés en anglais et en Angleterre, ont eu les mêmes résultats que les anglophones dont la langue unique est l’anglais.

En deuxième, ils ont évalué un groupe de 30 personnes bilingues anglais-allemand en bloquant une de leurs deux langues. Ils leur ont fait répéter plusieurs mots dans l’une des deux langues. Ce faisant, ils inhibent une des deux. Ensuite, ils les ont testés et ont obtenu les mêmes résultats. En mettant l’accent sur l’anglais, les réponses étaient plus orientées vers l’action et inversement pour l’allemand.

C’est la première fois que de tels résultats sont aussi éloquents. Selon un article paru sur Science, les réactions au sein de la communauté scientifique sont mitigées par cette étude. Pour le spécialiste en cognition, Philipp Wolff, de l’Université Emory à Atlanta, c’est une importante découverte. Selon lui, cela veut dire que si l’on est bilingue, on peut entretenir différentes perspectives à la fois. D’un autre côté, selon Barbara Malt, spécialisée en psychologie cognitive, de l’Université Lehigh à Bethlehem en Pennsylvanie, le fait que les participants soient conscients que l’on teste leur langue embrouille les résultats. Selon elle, dans la vraie vie, les circonstances pourraient faire que l’on porte attention à un élément plutôt qu’a un autre, et non la langue.

Par Camille Martel