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Depuis le 24 février, l’invasion de l’armée russe en Ukraine, maintient le monde sur le qui-vive avec des répercussions partout sur la planète.  Qu’en est-il de l’espace ?   Les cosmonautes russes et les astronautes occidentaux arrivent-ils à bien travailler dans la Station spatiale internationale ou l’habituelle collaboration s’effrite ?  Les conséquences de la guerre sur la géopolitique de l’espace accentueront-t-elles l’alliance entre la Chine et la Russie et le fossé avec les occidentaux ?

Voyons-nous un début de guerre dans l’espace comme dans l’univers de la science-fiction, style Starwars  ?   Une lutte entre chevaliers de l’espace ?   Pas vraiment, bien que les relations de la Russie avec les pays européens et l’Occident en général sur Terre affecte grandement la collaboration dans l’espace. 

Les retombées négatives pleuvent : le site de lancement de la fusée russe Soyouz au spatioport européen de Kourou (en Guyane française) ferme ses portes et leurs ressortissants sont rappelés en Russie.  Du côté français, le Conseil national d’études spatiales (équivalent de la NASA) et le Conseil national de recherche scientifique (CNRS) prennent leurs distances.  Les départs de satellites britanniques de One Web ne seront pas lancés du spatioport russe de Baikonour, au Kazakhstan.  Ils sont reportés selon l’agence russe Roscosmos.  On a vu des techniciens russes exécuter l’opération de dissimulation des drapeaux des pays partenaires occidentaux de la fusée Soyouz, prévue pour One Web britannique.  L’envoi vers Mars de la mission européenne Exomars, sous l’impulsion de la fusée russe Proton, est devenu incertain.   Reportée depuis deux ans, suite à des problèmes techniques russes, l’astromobile martienne Rosaling Franklin de l’Agence spatiale européenne (ESA), pourrait rater sa fenêtre de tir à l’automne 2022. 

D’autres contrecoups sont possibles notamment le maintien de la Station spatiale internationale dans l’espace.  Les modules russes de propulsion Progress assurent la bonne position en orbite de la station grâce à des corrections de trajectoires.  Selon l’Agence spatiale européenne (ESA), ‘’même en période de fortes tensions politiques, les missions spatiales ont toujours été des exemples de coopération pacifique et concrète dans le domaine de la science et de la technologie, au bénéfice de l’humanité’’.  La guerre pourrait mener à des scénarios faisant fi de la collaboration historique des pays dans l’espace et mettre en péril ce maintien, comme pourrait le laisser entendre une déclaration du grand patron de Roscosmos, Dimitri Rogosin, le 24 février dernier aux pays occidentaux : ‘’ Si vous bloquez la coopération avec nous, qui sauvera l’ISS (station spatiale) d’une désorbitation incontrôlée et tombera aux États-Unis ou…en Europe…?’’.  Cela serait peu probable selon Rémy Decourt, journaliste scientifique de Futura science et de Kathy Lueders, administratrice de la NASA, qui s’est fait rassurante en indiquant récemment que ‘’les équipes américaines et russes se parlent toujours…et travaillent ensemble’’.

En ce qui concerne l’envoi et le retour sur Terre d’astronautes, la situation serait moins précaire, bien que plusieurs missions impliquent encore l’envoi d’astronautes à la station spatiale via les vaisseaux russes Soyouz pour les Européens.  La NASA a développé son autonomie et peut maintenant compter sur l’envoi d’astronautes à la station orbitale via la fusée Falcon 9 modifiée de la compagnie américaine SpaceX, propriété de son patron Elon Musk et plus tard du lanceur de Northrop Grumman.  Selon certains spécialistes, un prochain ravitailleur européen ATV de l’ESA, propulsé par la fusée Ariane, pourrait remplacer un vaisseau Progress en s’arrimant au bon endroit de la station pour exécuter des manœuvres de corrections d’orbites toujours nécessaires dans un avenir rapproché.  La Station spatiale internationale accueille des astronautes du monde entier et actuellement deux Russes, quatre Américains et un Allemand sont en orbite.   Face à l’incertitude qui plane sur les relations russo-américaines, la NASA devrait chercher rapidement avec ses partenaires des solutions pour assurer le pilotage de la Station spatiale. 

C’est à suivre…

 Source :  Roscosmos, CNES, NASA, Agence France-Presse, Futura Sciences