C’est ce mercredi 16 octobre à 19h au café Les Oubliettes que commence le cours «Notre cerveau à tous les niveaux» que j’aurai le plaisir de donner en collaboration avec l’UPop Montréal. Comme je l’expliquais il y a deux semaines dans ce billet présentant la démarche générale du cours, je vous présente aujourd’hui quelques questions plus précises que nous nous poserons mercredi lors de cette première séance intitulée « Le « connais-toi toi-même de Socrate à l’heure des sciences cognitives ». Une séance qui se veut le point de départ de toutes les autres et qui sera aussi en quelque sorte… son point d’arrivée ! C’est la structure cyclique que j’ai choisie pour le cours, grandement inspirée par le livre « L’arbre de la connaissance » d’Humberto Maturana et Francisco Varela.

Ce point de départ sera donc celui de l’observateur observé, ou si l’on veut, du cerveau humain qui tente de se comprendre lui-même. Et pour cela, comme je l’écrivais la semaine dernière, on doit d’abord comprendre que la question de la connaissance est indissociable de notre structure biologique et de notre histoire (évolutive et personnelle). Prenez le cas des illusions d’optique. Et en particulier, de celles qui, comme l’échiquier d’Adelson, nous « jettent par terre » tellement nous sommes troublés de constater à quel point nos sens peuvent nous tromper. Et comment cela nous amène à repenser le monde de nos perceptions qui ne semble pas, c’est le moins qu’on puisse dire, être le « miroir » du monde extérieur auquel on s’attendait. Au contraire, nos perceptions semblent bien plus des interprétations, des constructions, ou des simulations faites à partir de ce que nos sens peuvent capter du monde.

Bref, les illusions d’optiques nous conduisent à reconnaître que c’est la structure particulière de notre corps et plus spécialement de notre système nerveux qui détermine ce qui pourra être connaissable pour nous.

Mais le rejet de la connaissance comme un « miroir » du monde indépendant de l’observateur n’implique pas non plus de sombrer dans une position solipsiste et relativiste totale d’un subjectivisme absolu où tout serait arbitraire et créé dans notre « esprit ». Ou bien où l’on nierait carrément l’existence de toute structure causale dans le monde extérieur ! Loin de là. Il faudra, comme le dit Varela, « naviguer entre ces deux pièges ». Ce ne sera pas facile car, on vient de le voir, l’apparente solidité du monde s’évanouit lorsque nous l’examinons de plus près. Par conséquent, il nous faudra réfréner cette tentation de vivre dans un monde de certitudes et de perceptions indiscutables si l’on veut véritablement comprendre le phénomène de la cognition.

Autrement dit, il faut douter et mettre de côté le sens commun. Cela a aussi un autre nom : faire de la science ! Nous explorerons donc dans un deuxième temps ce que signifie « faire de la science » et comment la méthode scientifique peut nous aider. L’idée maîtresse ici sera de reconnaître que bien sûr il y a des forces, des lois et des principes physiques universels que la science a permis de découvrir et qui nous sont fort utiles (pour écrire et publier ce texte, par exemple). Mais dans la foulée des travaux du physicien quantique Werner Heisenberg, on s’est rendu compte que nous n’avons pas, et n’auront probablement jamais, ce qu’on pourrait appeler un « accès direct » à la nature (ou au monde réel, appelez ça comme vous voulez).

Comme nos sens ne nous donnent qu’un accès étroit au spectre du monde physique (pensez aux ondes électromagnétiques dont on ne perçoit que les longueurs d’onde entre le rouge et le violet, mais pas l’ultraviolet comme les abeilles, etc.), il nous a fallu très vite des instruments pour recueillir des données autrement inaccessibles par nos sens. Or à partir du moment où l’on a besoin d’un microscope ou d’un télescope pour étendre la portée de nos sens, on devient tributaire de ce que ces appareils, à leur tour, peuvent ou ne peuvent pas voir, de leur mode de fonctionnement, de ce qu’ils mesurent véritablement, etc. Les données qu’ils nous permettent de recueillir nécessitent donc une part de plus en plus grande d’interprétation.

Et parce que les aspects du monde que l’on veut observer sont soit trop petits, trop grands ou trop complexes, ça va nous nous prendre des modèles pour interpréter ces données ! Et cela va donc nous amener à clarifier ce qu’est un modèle, une théorie, une hypothèse ou une loi en science, comme je l’avais fait dans ma conférence La construction des théories scientifiques.

Je terminerai en détaillant un peu le contenu des dix séances de ce cours (5 à l’automne, 5 à l’hiver) dont l’objectif est de montrer qu’on peut comprendre scientifiquement comment émergent les phénomènes propres au vivant, incluant notre humanité. Et je conclurai en disant pourquoi je crois que beaucoup des problèmes que nous rencontrons aujourd’hui semblent liés à notre ignorance de l’acte de connaître. Difficulté qui est, dans cette optique, forcément aussi liée à l’idée que nous n’avons pour seul monde celui que nous faisons émerger avec d’autres.

Que tout cela vous semble évident ou au contraire loin de l’être, ce que j’offre au fond avec ce cours c’est un espace pour s’arrêter et y réfléchir un peu ensemble. Si ce type de voyage vous intrigue, embarquez avec nous dès mercredi (et en plus c’est un voyage à empreinte de carbone très très réduite…) !