Qu’est-ce qui distingue une information scientifique solide —aux yeux des scientifiques— d’une information scientifique qui mérite de faire la manchette des médias?

Comme l’écrivait Antoine Bouchard dans son blogue le mois dernier : cette histoire de neutrinos censés vagabonder plus vite que la lumière, peut-être? Ou bien cette planète en diamant, qui sait? « Une des nouvelles astronomiques les plus populaires dans le monde ces derniers temps. On voit facilement l'attrait médiatique d'une telle découverte. C'est du diamant! Une planète complète en diamant. »

Lorsque je pose cette question à mes étudiants en vulgarisation, en général, ceux qui ont étudié en sciences n’ont aucun problème : ce qui distingue une information scientifique solide, c’est le processus de validation par les pairs. Le peer review. Mais les autres n’ont souvent aucune idée de ce qu’est ce peer review, et leur attitude est celle de la population dans son ensemble : quoi, si ça émane d’un physicien, ça n’est pas suffisant pour qu’on s’y fie? Si ça provient d’une université prestigieuse, ça ne suffit pas pour valider?

Mais alors, qui suis-je, moi, pauvre mortel, pour faire la distinction entre ce qui est solide et ce qui ne l’est pas?

Deux de nos blogueurs ont expliqué ce dilemme en septembre. Ariel Fenster, chimiste à McGill : qu’est-ce qui distingue ces médecines qu’on aime appeler « alternatives » de la « vraie » médecine?

Par définition, la médecine est la science qui cherche à restaurer, voire à préserver, la santé. Le patient est en droit de s’attendre à ce que le traitement qui lui est prescrit ait de bonnes chances d’améliorer son état. Si, à la suite de conditions expérimentales proprement contrôlées, les résultats démontrent que c’est le cas, il ne devrait pas exister de distinction entre les deux. Le problème est que beaucoup de ces traitements dits non conventionnels ne sont pas vérifiés de manière scientifique.

(...) Afin de permettre au public de faire ses choix en disposant des meilleures connaissances possibles, le Congrès américain établit en 1991 le National Center for Complementary and Alternative Medicine (...). Après vingt ans et des dépenses de l’ordre de 1,5 milliard de dollars, les résultats sont plutôt minces. À l’exception de quelques études sur les plantes médicinales, le NCCAM a été incapable prouver l’efficacité d’une quelconque pratique de médecine alternative qui justifierait son utilité dans la médecine conventionnelle.

Et Jeremy Bouchez, qui se décrit comme un passionné de l’astronomie :

La conclusion est que toute personne qui se targue de pouvoir mettre en doute les recherches les plus récentes et indépendantes sur l'origine anthropique du réchauffement climatique se doit de montrer patte blanche en plus d'être un expert dans le domaine concerné. Il ne viendrait pas à l'esprit d’un glaciologue de critiquer un article scientifique évalué par les pairs qui traite d'astrophysique.

Ce n’est pas un hasard si mes trois citations proviennent de blogueurs plutôt que de journalistes. Un média grand public publie rarement des explications, encore moins en science, et quelque chose d’aussi terne que « le processus de validation de l’information scientifique » n’y trouverait pas de place. Conséquence, le lecteur moyen peut parcourir des reportages sur la science depuis des décennies, sans jamais s’être fait rappeler comment se construit la science. Les blogues, eux, ouvrent cette fenêtre de possibles.

Ma théorie, et c’est ce que je vais développer dans cette série de six billets, c’est qu’on devrait sacrifier un peu de l’information scientifique telle que traditionnellement transmise. Dans les médias, et aussi à l’école : on pourrait sans dommages éliminer certaines séances des cours de chimie ou de physique qui ne servent qu’à bourrer le crâne de jeunes qui n’étudieront jamais en science, et consacrer, en lieu et place, du temps à faire comprendre ce qu’est le processus par lequel une information devient « solide ».

Qu’est-ce que « le processus de validation par les pairs ». Le peer review. Qu’est-ce qui distingue une recherche solide d’une théorie écrite sur le coin d’une table. Qu’entend-on par un fait? Par un consensus? Qu’est-ce qui distingue un débat en science d’un débat entre deux politiciens?

Le citoyen qui comprendra mieux ce processus :

  • comprendra pourquoi toutes les recherches n’ont pas une valeur égale;
  • pourquoi tous les scientifiques n’ont pas une valeur égale;
  • et plus important encore, il comprendra qu’il a le droit de faire la distinction entre fait et opinion, même s’il n’a pas étudié en science.

En attendant, au bénéfice de ceux qui en doutent, voici de quoi lancer la discussion. Un seul scientifique qui proclame, à partir d’une première recherche, que le CO2 pourrait entraîner un réchauffement climatique, c’est une théorie. Des dizaines de milliers de scientifiques plus tard, c’est devenu un fait.

À quel moment sommes-nous passés d’une catégorie à l’autre?