Le glyphosate a fait à nouveau les manchettes cet été quand Santé Canada a proposé d’augmenter les limites de résidus tolérés dans certains aliments.  Comme à chaque fois, l’argument des opposants a été : le glyphosate est classé comme « cancérigène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Que veut dire cette expression ? Une occasion pour le Détecteur de rumeurs d’expliquer la différence entre danger et risque.


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Une classification en quatre catégories

Le CIRC est une branche de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il est derrière une liste, la classification des agents cancérogènes, qui est établie par des groupes d’experts après évaluation du « degré » de cancérogénicité d’un « agent ». Ces « agents » peuvent aussi bien être des produits chimiques que des facteurs comportementaux ou des expositions professionnelles. Depuis les années 1970, le CIRC a évalué 1029 agents qui sont classés en quatre catégories :

  • Au niveau le plus élevé, le Groupe 1, sont présentés comme « cancérigènes pour l'homme », des agents dont on est à peu près certain qu’ils peuvent provoquer le cancer, comme le tabagisme, l'amiante et l'alcool.
  • Les deux niveaux suivants, 2A ou « probablement cancérigène » et 2B, « peut-être cancérigène », concernent les agents dont la relation avec le cancer est moins certaine.
  • Tous ceux pour lesquels subsiste un doute, aussi minuscule soit-il, sont classés dans le Groupe 3, celui des cancérigènes « possibles ».

 

Risque ou danger ?

Cette classification a une importante limite. Elle s’appuie sur la force des preuves qui démontrent que l’agent « peut » provoquer le cancer. C’est ce qu’on appelle le danger. Mais ces preuves ne nous apprennent rien sur le niveau de probabilité qu’un cancer survienne, c’est-à-dire le risque.

Danger vs risque - infographie

Source: EFSA.Europa.eu

 

Autrement dit, la classification s’appuie sur la possibilité qu’un agent puisse provoquer le cancer et non sur le niveau de risque de voir ce cancer survenir.

C’est ainsi que deux facteurs de risque pourraient se retrouver dans la même catégorie, même si l’un triple le risque de cancer et que l’autre augmente ce risque de manière infime. Si le niveau de preuve quant à leur caractère cancérigène est le même, le niveau de risque, lui, peut être très différent.

De la même façon, deux agents pourraient se retrouver dans la même catégorie, même si l'un provoque beaucoup plus de types de cancers que l’autre. Ou s'il affecte une plus grande partie de la population. Par exemple, le tabagisme actif comporte un risque beaucoup plus élevé de cancer du poumon que le tabagisme passif ou la pollution atmosphérique. Mais tous les trois sont classés dans le Groupe 1, parce qu’il est avéré qu’ils sont « cancérigènes pour l’homme ».

La viande rouge côtoie ainsi le DDT parmi les cancérigènes probables (catégorie 2A). Et le plutonium côtoie la viande transformée (les charcuteries, par exemple) dans les cancérigènes avérés (catégorie 1).

La comparaison entre deux agents du même groupe est donc à éviter.

Le langage utilisé peut aussi porter à confusion. La mention « probablement » cancérigène du groupe 2A signifie qu’il existe des preuves que les agents qui y sont classés pourraient causer le cancer. Mais « probablement » n’est pas une certitude. De plus, le terme « probablement » évoque généralement un risque personnel, alors que la classification ne concerne pas les individus, mais les populations.

Deux verdicts contradictoires

C’est dans cette catégorie 2A que le CIRC a classé le glyphosate en 2015. Il l’a déclaré génotoxique (susceptible d’endommager l’ADN), en se basant sur des preuves de cancérogénicité chez l'homme et les animaux de laboratoire. Quelques mois plus tard, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) concluait pourtant, à l’inverse, que le glyphosate est peu susceptible de présenter un risque cancérigène pour l'homme.

Cette disparité entre les deux conclusions s’explique par l’approche différente dans la classification des produits chimiques. Le système de l'Union européenne évalue chaque substance chimique et chaque mélange de manière séparée, alors que le CIRC évalue les agents génériques, incluant des produits chimiques connexes, en incluant l'exposition professionnelle ou environnementale et les pratiques culturelles ou comportementales. En clair, le CIRC a étudié le glyphosate comme substance active ainsi que des formulations en contenant, tandis que l’EFSA n’a considéré que le glyphosate.

Mentionnons enfin que le Groupe 2B ou « peut-être cancérigène pour l'homme » est encore plus difficile à cerner. Dans la pratique, cette catégorie a souvent été qualifiée de fourre-tout pour tous les facteurs de risque que le CIRC a pris en compte, et pour lesquels il n'a pu ni confirmer ni totalement écarter le statut de cancérogène.

 

Verdict

« Danger » et risque » ne sont pas des synonymes, et la classification choisie par le CIRC peut entraîner une confusion. Bien qu’il soit évident qu’un produit qui figure dans la liste des produits cancérigènes est plus dangereux, le problème est de savoir à quel point il l’est.

 

Photo: Alexandr Gerasimov / Dreamstime