Si l’eau était un budget, l’humanité vivrait au-dessus de ses moyens et, dans plusieurs régions du monde, serait déjà en faillite. C’est la métaphore qu’a utilisé la semaine dernière un rapport des Nations unies sur l’état des réserves d’eau dans le monde.
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D’emblée, le titre est plus frappant que les rapports habituels des agences des Nations unies: Global Water Bankruptcy. Mais les chiffres, eux, sont en phase avec les évaluations des dernières années: par exemple, 70% des grands aquifères mondiaux sont en déclin; les glaciers ont perdu 30% de leur masse depuis 50 ans. Selon une estimation qui remonte déjà à 2016, trois personnes sur quatre vivent désormais dans des régions souffrant au moins un mois par année de pénuries d’eau.
Le problème de « vivre au-dessus de ses moyens », lorsqu’il est question de l’eau, est que non seulement on puise davantage dans les cours d’eau que ce qu’ils peuvent fournir —le cas le plus connu est celui du fleuve Colorado, dans l’ouest des États-Unis— mais que surtout, on puise dans des nappes d’eau souterraines qui mettront des milliers d’années avant de revenir à leurs anciens niveaux.
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Deux facteurs principaux sont en cause: l’agriculture et l’expansion urbaine dans des zones arides ou semi-arides. En plus des pénuries, cela laisse certaines régions encore plus vulnérables que d’autres à d’éventuelles crises, comme une sécheresse prolongée. Cela suppose aussi, lit-on dans ce rapport rédigé par le professeur en sciences de l’environnement Kaveh Madani, du City College de New York, qu’une piste de solution passe par une transformation majeure de l’usage du territoire dans ces mêmes régions, ce qui ne sera pas facile à vendre au plan politique.

La carte des régions du monde à risque de manquer d'eau (en rouge, risque accru).
Si les chiffres peuvent sembler abstraits, la nature elle-même se charge de faire apparaître des traces concrètes: environ 700 trous massifs ont surgi en Turquie ces dernières années, spécifiquement causés par le pompage abusif de l’eau souterraine. Et en Chine, des centaines de décès sont attribués aux tempêtes de poussière qui sont accrues par la désertification. Dans certains des fleuves qui traversent des régions densément peuplées, comme l’Indus, le fleuve Jaune et le bassin du Tigre et de l’Euphrate, le lit du fleuve est régulièrement à sec, là où le cours d’eau est censé déboucher sur la mer.
L’agence en question est l’Institut pour l’eau, l’environnement et la santé de l’Université des Nations unies, dont Madani est le directeur. Basée en Ontario depuis 1996, elle est l’un des 13 instituts composant l’Université des Nations unies, un établissement destiné aux études supérieures (maîtrise et doctorat) consacrées à des « questions sociales d’intérêt mondial ».





