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Tous les experts semblent s’entendre pour dire que le réchauffement s’accélère. Mais à quelle vitesse, et pourquoi? 

La dernière pièce du casse-tête est cette étude parue le 6 mars, qui a, depuis, beaucoup fait jaser: ses auteurs y estiment que le réchauffement moyen serait passé de 0,18 degré Celsius par décennie (entre les années 1970 et 2010), à 0,35 degré Celsius (dans la dernière décennie). 

Il est en tout cas certain que les dernières années ont battu des records à répétition. Les trois dernières ont même formé le trio le plus chaud depuis que de telles mesures sont prises, a confirmé en janvier l’Organisation météorologique mondiale. 

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Du coup, le débat entre les experts tourne autour des causes de cette accélération : s’agit-il de fluctuations naturelles —incluant le phénomène El Nino— avant qu’on ne revienne bientôt à une normale de « seulement » 0,18 degré d’augmentation par décennie, ou d’une véritable accélération des conséquences de l’activité humaine sur le climat? 

Il y a tout au plus un consensus comme quoi « il y a eu une accélération détectable du réchauffement ces dernières années », commentait le 6 mars, dans The Guardian, le climatologue Zeke Hausfather, qui n’était pas parmi les auteurs de l’étude parue ce jour-là. « Toutefois, il n’est pas encore clair quelle part de ce réchauffement » relève de ce que les climatologues appellent la « réponse forcée » —notre activité— et quelle part provient de la variabilité « non forcée ».  

Si ça dépend de nous, une des raisons de cette accélération pourrait être, paradoxalement, nos règlements anti-pollution plus sévères sur les carburants: en réduisant les émissions mondiales de dioxyde de soufre de 40% depuis 20 ans, nous avons réduit la quantité d’aérosols, ces très fines particules qui, parce qu’elles sont en suspension dans l’air, reflètent vers l’espace une partie des rayons du soleil. Moins de ces particules dans l'air signifie davantage de rayons qui atteignent le sol, donc un peu plus de réchauffement. 

En décembre 2024, une autre recherche avait attribué une partie des records de température de 2023 —et donc, du réchauffement accru de la dernière décennie— à un déclin des nuages en faible altitude. Une partie de ce déclin, écrivaient les chercheurs de l’Institut Alfred-Wegener, en Allemagne, serait le résultat d’une « boucle de rétroaction » sous-estimée par les modèles: si le réchauffement réduit la bande d’air froid qui se tient traditionnellement au-dessus des océans, l’air sec en altitude descend et réduit l’humidité, donc les nuages. 

Le bon côté des choses est que si c'est le rôle des aérosols qui est largement en cause dans l’accélération du réchauffement, alors cet effet va finir par s’interrompre, lorsqu’il n’y aura plus de particules de dioxyde de soufre à faire disparaître.

Chose certaine, l’estimation de 0,35 degré pour la dernière décennie ne fait pas l’unanimité. Dans une étude parue en juin 2025, une équipe internationale plaçait plutôt cette augmentation de la dernière décennie à 0,27 —mais même à ce seuil, ce serait sensiblement plus élevé que la moyenne de 0,18 des décennies précédentes. Une critique faite aux deux auteurs de l’étude du 6 mars est qu’ils pourraient avoir surestimé l’impact des aérosols. 

Toutefois, même si c’était le cas, la moyenne de 0,18 degré mettait d’ores et déjà la planète sur une trajectoire où elle dépasserait, avant la fin du siècle, le seuil critique des 2 degrés Celsius d’augmentation par rapport à l’ère pré-industrielle. Avec ou sans aide de la nature: des chercheurs ont récemment évoqué qu’on serait en train d’assister à des retours plus fréquents d’El Nino. Or, la version El Nino de 2024 avait contribué à elle seule à un ajout de 0,12 degré Celsius à la température moyenne mondiale. 

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