Certains livres de croissance personnelle prétendent s’appuyer sur la physique quantique. C’est aussi le cas de certaines croyances New Age. Le Détecteur de rumeurs a toutefois constaté que, aussi sincères que puissent être ces croyances, elles reposent avant tout sur une mauvaise compréhension du vocabulaire.
À travers cette série spéciale de 8 articles sur les mythes du quantique,
le Détecteur de rumeurs distingue le vrai du faux dans ce qu’on sait et ce qu’on ignore.
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L’origine des croyances
Née il y a un peu plus d’un siècle, la physique quantique étudie le comportement de la matière et de l’énergie au niveau le plus fondamental. Mais parce que la physique quantique repose essentiellement sur les probabilités, elle ne permet pas d’expliquer le monde de la même façon que la physique classique.
Cette constatation, soulignait en 2020 le professeur de physique de l’Université d’État de l’Illinois, Sadri Hassani, dans un texte s’intéressant aux origines du mysticisme quantique, a déstabilisé plusieurs des pionniers de cette discipline qui se sont alors tournés vers la philosophie pour tenter de donner un sens à leurs découvertes. Notamment le mysticisme des philosophies asiatiques, qui était en plein essor dans l’Europe de la fin du 19e siècle. Par exemple, des essais et des discours de Niels Bohr montrent que celui-ci faisait des parallèles entre la mécanique quantique et le bouddhisme ou le taoïsme.
Le quantique récupéré par le New Age
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Même si la piste du mysticisme a vite été mise de côté par la majorité des physiciens, les partisans du New Age croient que la physique quantique est non seulement compatible avec le mysticisme, mais que ces deux visions du monde convergent, résumait en 2019, le professeur en science des religions Richard H. Jones. Selon l’industrie de la croissance personnelle, les anciens textes asiatiques seraient carrément basés sur la physique quantique, remarquait pour sa part Sadri Hassani.
Par exemple, l’auteur indo-américain Deepak Chopra a publié en 1989 le livre Quantum Healing qui fait la promotion de la guérison par la force de l’esprit, en prétendant s’appuyer sur la physique quantique. En 1990, dans Quantum Body (Le Corps quantique), Chopra récidivait en affirmant que notre « corps quantique » existe à un niveau subatomique et que l’Alzheimer, le diabète de type 2, le cancer et les maladies du cœur, ne sont pas réels à l’échelle quantique.
Par ailleurs, la journaliste Lynne McTaggart explique dans son livre The Field que tout est connecté par une mer d’énergie qui réconcilie l’esprit avec la matière, la science « classique » avec la physique quantique.
Quant à l’agriculture quantique, elle prétend identifier les implications de la physique quantique et les mettre au service de notre alimentation
Ces dernières années, on a même vu apparaître des prétentions de « pédagogie quantique », de « pendentifs quantiques » et « d’amour quantique » qui toutes, récupèrent des éléments de vocabulaire de la physique quantique.
Un vocabulaire repris et ajusté
Note:
Pour plus de détails sur la question du vocabulaire mal employé,
voir le texte suivant
Les partisans des pseudosciences aiment en effet employer des termes scientifiques qu’ils dénaturent pour les rendre conformes à leurs interprétations ou pour inventer des scénarios fantastiques, écrivait le physicien Enrico Gazzola dans un chapitre de son livre de 2019 sur la physique quantique et les pseudosciences. Par exemple, Deepak Chopra utilise constamment des termes comme « champs énergétiques », « onde de probabilité » ou « dualité ».
Un autre exemple, noté en 2024 par des chercheurs italiens dans un article analysant les pseudosciences qui utilisent la physique quantique : les croyants en l’existence de pouvoirs extrasensoriels, comme la télépathie ou la capacité à prédire le futur, sont nombreux à utiliser de façon erronée des principes quantiques (voir à ce sujet le texte suivant) comme celui d’incertitude d’Heisenberg. Ce principe dit qu’on ne peut pas mesurer avec précision à la fois la vitesse et la position d’une particule telle qu’un électron, et que l’ordre dans lequel on choisit d’effectuer nos mesures détermine le résultat final. En ce sens, les choix faits par l’expérimentateur ont une influence sur les mesures obtenues. C’est cette idée qui est reprise hors contexte pour affirmer que la conscience humaine peut altérer la réalité.
Une stratégie similaire consiste à utiliser non pas un vocabulaire précis, mais des métaphores qui ont pour résultat de faire dire à la physique ce qu’elle ne dit pas. Il faut donc se méfier du pouvoir des mots, résume le physicien français Julien Bobroff.
Dans une vidéo publiée sur YouTube en 2024, il explique que des charlatans emploient le mot « quantique » en sous-entendant que leur produit ou leur approche a les mêmes propriétés mystérieuses. Le vocabulaire quantique a toutefois un sens beaucoup plus précis que ce que ces gens veulent faire croire, soulignait-il dans un texte publié en 2019 sur le site universitaire The Conversation.
Des lois quantiques pour des systèmes non quantiques
Et surtout, le vocabulaire du quantique s’applique exclusivement au monde de l’infiniment petit. Un point commun à toutes ces allégations, c’est en effet que leurs auteurs extrapolent à des situations qui ont lieu à notre échelle, alors que les propriétés du monde quantique, elles, concernent exclusivement ce qui se passe à l’échelle de l’infiniment petit.
Or, aussitôt qu’un objet interagit avec son environnement, il n’est plus quantique, mettait en garde Julien Bobroff dans sa vidéo. Par exemple, notre corps est trop gros et a une température trop élevée pour qu’un humain puisse avoir un comportement quantique. C’est aussi le cas d’un crayon, d’un cheveu ou d’une bactérie.
Les liens entre la physique quantique et le mysticisme sont donc le produit d’une mauvaise compréhension de concepts difficiles à visualiser et à vulgariser. Les mystiques voient des termes similaires à ceux utilisés en philosophie, mais ne comprennent pas que le contexte est différent, déplorait Richard H. Jones.
Et c’est là-dessus que jouent les partisans des pseudosciences. Ils exploitent le fait que cette théorie quantique semble mystérieuse et mal comprise. Il s’agit toutefois d’une fausse impression, poursuivait Bobroff. La théorie quantique a été bien démontrée autant par les expériences réalisées en laboratoire que par ses applications dans le quotidien.
Enfin, les équations de la physique quantique s’appliquent généralement à des systèmes très simples constitués de quelques particules, rappelle l’Encyclopédie Britannica. C’est donc une extrapolation excessive de penser qu’elles peuvent s’appliquer à des systèmes beaucoup plus complexes, comme un être humain.
Verdict
Même si les concepts quantiques peuvent donner l’illusion de faire un pont avec notre réalité quotidienne, la physique quantique ne peut pas démontrer le bien-fondé de concepts qui relèvent davantage de la philosophie ou de la religion. En fait, les explications qui s’appliquent spécifiquement au monde subatomique ne s’appliquent pas à notre réalité quotidienne et le vocabulaire quantique utilisé par diverses croyances traduit presque toujours une mauvaise compréhension des principes de cette branche particulière de la physique.
Ce texte est le premier d’une série de huit sur les mythes du quantique. Lisez ici le texte complémentaire à celui-ci, Un vocabulaire quantique utilisé à tort et à travers?





