L’approche par la consommation mesure les émissions générées par l’ensemble des biens et services consommés sur un territoire donné [1]. Mais qui porte réellement la responsabilité de ces émissions ? Dans quels secteurs se concentrent-elles : transport, construction, santé ? Et surtout, jusqu’à quel point pouvons-nous influencer ces choix par nos comportements individuels et collectifs ?
Les acteurs de la demande finale d’un territoire se répartissent généralement en trois catégories : la consommation des ménages, la formation de capital et les dépenses gouvernementales [2,3]. Les émissions attribuées à la consommation des ménages proviennent de leurs dépenses courantes, comme le transport, l’alimentation et le logement. Celles liées à la formation de capital découlent des investissements nécessaires aux activités de construction et de production de machinerie et d’équipements. Quant aux émissions des dépenses gouvernementales, elles sont associées aux biens et services publics qu’il offre à la population, notamment l’éducation et la santé.
Pour illustrer concrètement leurs contributions, les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec ont été estimées pour l’année 2021. Ces résultats proviennent d’une analyse des entrées et sorties des transactions économiques (Input-Output LCA – EEIO), une méthode qui retrace les émissions tout au long de la chaîne de production, depuis les producteurs jusqu’au consommateur final [4]. Le calcul s’appuie sur le modèle Open IO-Canada, qui mobilise les tableaux entrées-sorties du Canada à l’échelle provinciale [5]. La figure suivante présente les émissions de GES par habitant au Québec, réparties selon les différentes catégories de demande finale.
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La consommation des ménages demeure la principale responsable des émissions, avec 67 % du total, principalement en raison de postes de consommation essentiels comme le transport, l’alimentation et le logement. Viennent ensuite la formation de capital, qui comptent pour 23 % des émissions, notamment à travers les activités de construction ainsi que la production de machinerie et d’équipements. Enfin, 9 % des émissions sont attribuées aux dépenses du gouvernement, liées aux services publics tels que les hôpitaux, les écoles et les services municipaux. Ensemble, ces trois catégories représentent un total de 13 t CO₂éq par habitant au Québec en 2021.
L’analyse présentée ici montre l’importance de considérer l’ensemble des catégories de demande finale, ainsi que le rôle central de la consommation des ménages dans les émissions de GES. Mais pour agir efficacement, il faut aller au-delà de ce constat en tentant plutôt de chercher à comprendre les facteurs qui sous‑tendent ces impacts de consommation. Les profils d’émissions varient en effet fortement selon les caractéristiques socioéconomiques et démographiques. Le revenu, la composition du ménage, la densité du territoire ou encore le mode d’occupation du logement influencent directement les habitudes de consommation et, par conséquent, l’empreinte carbone.
Des stratégies de réduction réellement efficaces doivent donc tenir compte de ces différences et s’adapter aux réalités propres à chaque territoire. Des travaux de recherche sont actuellement menés au LIRIDE afin de développer une méthode permettant d’estimer et de désagréger l’empreinte carbone de la consommation à l’échelle des villes, à partir de données collectées aux niveaux national et provincial.
Par Paalo Andrea Moreno Yañez, candidate au doctorat au LIRIDE (Université de Sherbrooke).




