L'histoire de l'art est un domaine fascinant à découvrir et d'une richesse insoupçonnée. Outre le fait qu'ils nous procurent toute une gamme de sentiments de nature esthétique, l'imagination et le talent humain nous conduisent parfois à certaines interrogations.
Il est bien connu qu'art et science suivent, par moment, des chemins parallèles, cela, depuis au moins la Renaissance, incarnée par la figure quasi mythique de Léonard de Vinci. Dès lors, l'expression artistique n'a cessé de connaître des rapprochements avec les développements scientifiques, que ce soit avec les mathématiques (la géométrie bien sûr), la chimie (que seraient tous les colorants et pigments utilisés sans elle?), la psychologie, voire, plus récemment, la neurophysiologie de la perception, sans compter certaines percées, dans le domaine de la physique, devenues utiles à certains artistes (pensons aux hologrammes), et, bien entendu, avec l'informatique, dans le domaine des jeux vidéo.
L'imagination créatrice de notre espèce nous permet même de représenter des figures d'objets dont l'existence est impossible : le triangle de Penrose et le trident impossible ou blivet en sont des exemples, mais les représentations qui m'intéressent ici sont les figures ambiguës, bien que le trident impossible en constitue, en partie, un exemple. La différence étant que ces figures représentent des objets, animaux ou personnages qui ont tous une existence possible dans notre monde. L'aspect le plus intéressant est qu'une figure ambiguë peut être interprétée de deux façons correspondant à deux éléments distincts de notre réalité. Certaines de ces images ont une double interprétation, en les regardant à l'endroit puis à l'envers, tandis que, pour d'autres, cette possibilité est visible en un seul coup d'œil, sans avoir à inverser l'image. Un des exemples les plus connus est celui du canard-lapin. Le même dessin nous fait percevoir soit un canard au long bec, soit un lapin avec ses longues oreilles.
Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
Source : Wikimedia Commons
La perception de ce type d'image nous fait prendre conscience que le cerveau humain interprète ce qu'il perçoit. (Ce constat peut être formulé aussi bien en tenant compte, par exemple, des illusions dans le domaine visuel), mais je reviens à mon canard-lapin. Si je m'y intéresse, c'est que les représentations de cette catégorie nous conduisent à nous interroger sur ce qui peut être codé par notre cerveau ou... ne pas l'être.
Dualité de codage ou pas?
Car cette double signification issue d'une unique perception entraîne un effet de bascule d'une interprétation à l'autre sans forcément que le cerveau décide consciemment quand passer de l'une à l'autre. Ce qui nous amène à nous demander si nous ne devons pas introduire l'idée d'une bifurcation de codage. Cela consiste à imaginer qu'à partir d'un même schéma d'activation neuronal issu de la réception de données visuelles brutes, le système cérébral aiguillerait, dans une seconde étape, ces données vers un autre schéma d'activation. C'est ce second schéma d'activation qui pourrait passer d'une forme à une autre du réseau de neurones impliqué dans l'interprétation de ce qui est vu. Ce serait comme si, arrivé à cette étape, le processus neurologique serait parvenu à un carrefour offrant la possibilité d'un choix de codage.
Notre questionnement ne doit pas s'arrêter ici en si bon chemin. Il est plus intéressant encore de se demander si ce phénomène perceptuel ne constituerait pas un exemple d'indécidabilité. Pourrait-on imaginer que cette seconde étape, responsable de l'interprétation de cette ambiguïté, n'offrirait aucune possibilité de distinguer l'une et l'autre de ces représentations dans la conscience? En pareil cas, on aurait là un exemple d'indécidabilité dans le domaine neurologique que j'évoquais dans un article précédent. On pourrait tenter de concevoir cette indécidabilité par une forme de codage tellement floue qu'elle ne permettrait pas de distinguer les deux interprétations sur le plan neurologique.
Thèse, antithèse... et synthèse
On se retrouve donc ici face à deux possibilités : y aurait-il une dualité faisant intervenir deux schémas de codage bien distincts ou bien un flou qui rendrait impossible cette distinction? Le plus intéressant serait de mettre ces deux possibilités dans une perspective évolutionniste. Pourquoi ne pas imaginer qu'un type de codage flou ait pu évoluer par la suite vers des schémas d'activation neuronale bien distincts? Et le plus fascinant alors serait de découvrir que l'indécidabilité, fruit des travaux de Gödel et Turing, ne serait pas absolue dans ce cadre évolutif.





