Les nouvelles d’un virus sur le bateau de croisière Hondius, dans l’Atlantique, avaient à peine commencé à circuler que les rumeurs s’accumulaient. Le Détecteur de rumeurs n’en a vérifié que quelques-unes, mais constate qu’en plus de se contredire, elles ont une odeur de familiarité avec les fausses rumeurs qui circulaient pendant la pandémie de COVID.
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L’origine de ces rumeurs
Ce virus dit « des Andes » fait partie d’une famille du nom d’hantavirus, dont on retrouve des représentants un peu partout dans le monde. Les hantavirus sont généralement transmis par les rongeurs. Le premier cas sur le navire aura été celui d’un passager de 70 ans, décédé le 10 avril 2026, mais ce n’est que le 6 mai que l’hantavirus a été identifié comme étant la cause du décès. À la fin-mai, on totalisait 13 cas à travers le monde et 3 décès.
1) Une fausse maladie ?
Plusieurs des influenceurs, tiktokeurs et autres youtubeurs, qui furent très actifs pendant la COVID pour relayer de fausses informations sur le coronavirus, se sont rapidement prononcés sur l’hantavirus. D’une part, l’Américain Robert Malone (qui se présentait à tort, pendant la COVID, comme « le découvreur » du vaccin à ARN), a déclaré sur la plateforme X le 11 mai qu’il ne croyait pas à une transmission entre humains du hantavirus. D’autre part, l’influenceur complotiste américain Alex Jones avait écrit dès le 7 mai : « ALERTE CONFINEMENT: les mondialistes lancent leur Covid 2.0 ».

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Outre-Atlantique, le Français Christian Perronne, figure importante des milieux complotistes pendant la pandémie, auteur de plusieurs fausses affirmations sur les vaccins, a suggéré un complot: « Ça démarre comme par hasard en Argentine, juste au moment où l'Argentine suit les États-Unis pour quitter l’OMS ». Le microbiologiste français Didier Raoult, autre figure dominante de la désinformation pendant la COVID, a lui aussi suggéré une intervention cachée de l’Organisation mondiale de la santé: « Les gens qui financent l'OMS se tiennent. C'est l'industrie pharmaceutique et Bill Gates », a-t-il déclaré le 12 mai pendant une émission en direct de deux heures sur YouTube. L’hantavirus a été scénarisé « comme un film », a ajouté dans une autre vidéo l’ex-chercheuse française Alexandra Henrion-Caude.
Radio France notait le 12 mai que, pendant les premiers jours suivant la déclaration du premier cas, 8 des 10 contenus sur l’hantavirus les plus partagés sur Facebook en France avaient été « trompeurs ou complotistes ».
L’hypothèse la plus solide pour l’instant est que le virus ait été transmis par un rongeur lors de la visite en Argentine du premier passager et qu’il se soit ensuite transmis d’une personne à l’autre.
2) Une vraie maladie, mais causée par le vaccin anti-COVID?
Selon un document de la compagnie pharmaceutique Pfizer qui a circulé sur X et Instagram à partir du 7 mai, l’hantavirus serait un effet secondaire du vaccin de Pfizer contre la COVID.

Le document est authentique, mais il ne dit pas ça. Comme l’ont détaillé les sites Snopes et Lead Stories, il s’agit d’un document qui, en 2021, présentait une longue liste de conditions médicales (en anglais, adverse effects) dont les chercheurs veulent traditionnellement suivre l’évolution pendant ou après une campagne de vaccination, à la recherche d’éventuelles anomalies statistiques.
3) Une arme biologique?
L’Institut Brownstone, un organisme américain créé en 2021 spécifiquement dans le but de combattre les mesures sanitaires contre la COVID —incluant les masques et les vaccins— a publié le 10 mai un article insinuant que l’hantavirus serait une « arme biologique » (en anglais, bioweapon) créée par l’Organisation mondiale de la santé et le « Big Pharma ». L’ex-élue américaine Marjorie Taylor Greene et des représentants du mouvement pro-Trump ont également évoqué dès le 7 mai que des compagnies pharmaceutiques auraient « manipulé ce virus » pour vendre des vaccins, comme elles l’auraient soi-disant fait avec la COVID.
Certains ont plutôt avancé qu’il s’agissait d’une arme biologique chinoise, s’étonnait l’épidémiologiste Katrine Wallace le 8 mai dans la revue médicale STAT.
Pourtant, le virus des Andes est connu depuis longtemps —par exemple, une étude en 2020 dans le New England Journal of Medicine détaillait son mode de transmission— tout comme la famille des hantavirus. Objectivement, l’hantavirus serait même une très mauvaise arme biologique, expliquait au blogue Important Context l’anthropologue Wendy Orent: la période d’incubation (avant que les symptômes n’apparaissent) est longue et la dispersion est « trop lente » pour en faire une « arme » digne de ce nom.
4) Une épidémie annoncée?
Le texte de l’Institut Brownstone reprend une autre affirmation qui avait circulé au début de la pandémie de COVID: il s’agirait d’une maladie qui était « prévue » par les compagnies pharmaceutiques, puisque celles-ci menaient déjà des recherches à son sujet.
En réalité, bien des recherches étaient menées sur la famille des coronavirus depuis l’éclosion de SRAS à Hong Kong en 2003. De la même façon, bien des recherches sont menées depuis longtemps sur les hantavirus, la grippe aviaire ou le mpox. Par contre, le niveau d’inquiétude n’est pas le même: la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, un groupe né du Forum économique mondial dans la foulée de l’épidémie d’Ebola de 2014-2016, et voué à « l’accélération du développement des vaccins », ne rangeait pas l’hantavirus parmi les candidats les plus inquiétants pour une future « épidémie X ».
5) Le vaccin contre l’hantavirus est dangereux?
Il n’existe pas de vaccin contre l’hantavirus.
6) L’hantavirus causé par la 6G?
L’idée que l’éclosion sur le navire (ou en Argentine) ait été causée par les tours de téléphonie cellulaire 6G a commencé à se répandre dès le 7 mai, note le site de vérification des faits Newsguard : « particulièrement parmi ceux qui avaient auparavant avancé l’affirmation à l’effet que la pandémie de COVID était causée par la technologie 5G ».
Le problème avec cette théorie est que la technologie 6G n’est qu’à l’étape des recherches et que son déploiement n’est pas attendu avant 2030. C’est en plus du fait qu’il a clairement été établi en 2020 que les technologies sans fil ne pouvaient pas répandre de virus.

7) Le retour d’Anthony Fauci?
Parmi les têtes de Turc des mouvements anti-COVID et anti-masques, il y avait l’immunologue américain Anthony Fauci, qui fut directeur de l'Institut national des allergies et maladies infectieuses de 1984 à 2022. Son nom a resurgi sur un compte X le 7 mai, qui lui faisait dire qu’il « pourrait être temps de recommencer à porter des masques » à cause de l’hantavirus.
En réalité, non seulement n’a-t-il jamais dit cela, mais le compte X en question est un compte parodique. Un site identifié par Newsguard comme un diffuseur d’informations fausses en santé a néanmoins republié cette fausse info.
8) L’ivermectine guérit?
Ce médicament anti-parasites recommandé à tort, en 2021-22, comme un traitement contre la COVID —et recommandé à tort, depuis, pour une liste de plus en plus longue de conditions médicales— a lui aussi resurgi en mai 2026. Une médecin du Texas, qui avait été suspendue en 2021 par son hôpital en raison des fausses informations qu’elle faisait circuler sur la COVID, a recommandé l’ivermectine contre l’hantavirus —et a annoncé ensuite qu’elle en vendait elle-même. Aucune donnée ne permet de soutenir que ce médicament soit efficace.

Verdict
Certains des producteurs d’informations fausses ou trompeuses les plus actifs durant la COVID ont repris du service dès le jour où a surgi la première information sur la présence d’infections à l’hantavirus à bord du Hondius. Rien n’indique qu’il y ait quelque chose de suspect ou d’anormal dans l’éclosion survenue sur ce navire de croisière.





