L’idée que la destruction, par des drones ukrainiens, de cinq centres de données en Russie, ait pu réduire radicalement l’activité de désinformation des bots russes, en a enthousiasmé plusieurs. C’était faux, mais cet enthousiasme en dit long sur ce qu’est un biais de confirmation.
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« Ça avait tous les ingrédients d’une histoire virale. Il y a une action militaire dramatique, un graphique frappant (preuve!), un méchant connu, et une fin heureuse », commente Renee Di Resta, de l’Université Georgetown. « L’Ukraine frappe une infrastructure russe, les trolls russes disparaissent, l’Internet devient un endroit plus amical. » Di Resta est elle-même une experte des activités de désinformation et de harcèlement en ligne, et auteure du livre Invisible Rulers, sur notre capacité, avec l’aide des algorithmes, à nous créer une « réalité sur mesure ».
« Nous étions prédestinés à y croire », écrit, dans le magazine Mother Jones, une autre experte du sujet, la journaliste Anne Merlan.
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La compagnie Yandex, un géant russe des technologies, a reconnu qu’entre les 7 et 11 octobre, cinq de ses centres de données, qui fournissent des services d’hébergement et de transferts de paiements, avaient été « endommagés ». C’est aussitôt après qu’ont commencé à se multiplier, sur les réseaux sociaux, ces rumeurs d’une baisse d’activité, qui aurait été observée aussi bien chez les comptes pro-Trump que chez ceux qui produisent de la désinformation en santé ou chez ceux qui défendent l’indépendance de l’Alberta, résumait le site de vérification des faits Snopes, le 13 octobre.
Or, comme l’avaient rapidement expliqué, dès le 11 octobre, plusieurs intervenants, le graphique « Cloudflare », qui montrait présumément une baisse d’activité des bots russes, ne montrait rien de tel. Cloudflare est une compagnie qui gère une partie de l’infrastructure numérique, et ce qu’elle mesure en tant que « bots », ce sont les requêtes automatiques émanant des sites web de toutes natures, incluant les moteurs de recherche. Quant à un autre graphique partagé le 11 octobre, qui prétendait montrer une baisse soudaine d’activité des bots du parti d’extrême-droite allemand, il était faux, peut-on lire sur le site de vérification des faits Lead Stories, et probablement créé avec l’aide de l’IA, selon un média allemand.
Mais le fait que cette croyance soit devenue virale est ironique, poursuit Di Resta. « Une histoire sur la disparition des bots de propagande russe est devenue elle-même une histoire trompeuse virale. »
Comme l’explique à Snopes l’expert en stratégies de désinformation Darren Linvill, de l’Université Clemson, les campagnes de propagande russes qu’il étudie n’utilisent pas d’infrastructures physiques situées en Russie.
Et pour les chercheurs, cette fausse histoire est en même temps une illustration d’un recul qu’ils ont subi ces dernières années : les plateformes, en particulier Twitter en 2023, ont réduit l’accès privilégié qu’elles offraient jusque-là aux chercheurs, rendant plus difficile de plonger dans leurs immenses bases de données pour y découvrir des tendances. Avec de tels accès, des chercheurs sont en théorie capables de distinguer l’activité des bots de propagande de celle des bots légitimes. Mais les géants d’Internet sont devenus plus réticents à faire preuve de transparence.



