Des chercheurs, en nombre indéterminé, ont appris que leur signature apparaissait sur une étude… qu’ils n’avaient jamais écrite. En interrogeant les co-signataires, ils ont réalisé qu’eux non plus n’avaient rien à voir avec cette étude. Qui est derrière ce phénomène et pourquoi ?
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Il est impossible d’en parler comme d’un nouveau phénomène: en avril 2023, le blogue Retraction Watch avait rapporté le cas d'une chercheuse de Floride en science politique, qui avait découvert son nom sur un article de 2022 qu’elle n’avait jamais écrit. Et qui avait ensuite découvert que cet article était un plagiat d’un autre article paru quelques mois plus tôt. En juin 2024, puis en juillet, Retraction Watch mettait à jour deux autres cas, celui d’un psychiatre en Allemagne puis d’une chercheuse du Texas en génie mécanique: cette dernière avait découvert quatre articles portant sa signature, dans des domaines n’ayant rien à voir avec sa spécialisation.
Mais il est possible que le phénomène se soit accéléré, avec l’aide de l’IA. Un reportage du journal norvégien Khrono, spécialisé dans l’actualité du monde universitaire, rapportait le 15 octobre les cas similaires d’une poignée de chercheurs du Danemark, des Pays-Bas et de Norvège. Chaque fois, c’est l’un des signataires qui a repéré sa fausse signature par hasard, en cherchant son propre nom dans Google —ce qui laisse croire que beaucoup d’autres cas sont peut-être passés inaperçus. Les articles de 2022 et de juin 2024 étaient de plus des copies conformes d’articles antérieurs.
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Ces textes apparaissent essentiellement dans ce qu’on appelle des revues prédatrices, c’est-à-dire des publications à la crédibilité douteuse, qui vont publier tout ce qu’on leur envoie, pourvu qu’on les paie. Mais puisqu’il faut payer pour y être publié, ça n’explique pas pourquoi une personne ou un groupe aurait intérêt à faire ces dépenses, pour faire paraître des articles qui n’augmenteront pas leur propre notoriété.
Quelle est l’étendue du problème? « Nous ne savons pas », répond au journal Khrono, le co-fondateur de Retraction Watch, Ivan Oransky.
Ces journaux donnent souvent des adresses inexistantes, ou ne répondent pas aux chercheurs qui demandent à ce que l’article soit retiré. Et dans l’immédiat, se pose la question de l’IA. « Nous allons juste avoir de plus en plus » de ces faux articles, déclare à Khrono la professeure en culture et société Anke Jahn, de l’Université Aarhus, au Danemark. Pour l’écosystème de la publication scientifique, ça pourrait être un signal d’alarme —un de plus— comme quoi il faut réformer un système qui continue de beaucoup trop reposer sur la pression mise sur les chercheurs pour publier le plus possible et le plus vite possible.





