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Sur les réseaux sociaux, des influenceurs encouragent les femmes à accoucher seules à la maison, sans la présence d’une sage-femme. Une pratique qui comporte des risques, constate le Détecteur de rumeurs.


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Origine de la rumeur

Lorsqu’une femme décide de donner naissance sans la présence d’une professionnelle, on parle d’un « accouchement non assisté », détaille l'Ordre des sages-femmes du Québec sur son site. Cette idée est défendue notamment par la Free Birth Society (ou « naissance libre »), une organisation fondée à Los Angeles en 2017, par une ancienne accompagnante à la naissance sans formation médicale, selon un article publié par The Guardian en 2025.

Dans un reportage du New York Times paru en avril 2026, les partisans des accouchements non assistés affirmaient que la peur qui entoure la naissance n’est pas justifiée et que le corps des femmes est conçu pour ce processus.

Capture d'écran Instagram de la Free Birth Society

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Par exemple, les journalistes de The Guardian racontaient que certaines femmes s’étaient fait dire par des intervenantes de la Free Birth Society que leur corps ne peut pas produire un bébé qu’elles ne pourraient pas accoucher. On affirme aussi que les hémorragies sont très rares lors d’un accouchement non assisté.

Est-ce risqué d’accoucher?

Il faut pourtant se rappeler que, historiquement, l’accouchement comportait des risques. Selon des données récoltées en Grande-Bretagne et publiées dans un article scientifique en 2006, le taux de mortalité maternelle était, entre 1700 et 1750, de 10,5 décès par 1000 naissances vivantes, puis de 7,5 décès par 1000 naissances entre 1750 et 1800, puis de 5 décès par 1000 naissances entre 1800 et 1850.

À titre de comparaison, le taux mondial de mortalité maternelle était de 1,97 pour 1000 naissances vivantes en 2023, selon une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cette baisse du taux de mortalité maternelle s’explique par plusieurs facteurs, dont un meilleur accès à des soins médicaux pendant la grossesse, l’introduction des antibiotiques, la disponibilité des transfusions sanguines et l’amélioration des pratiques obstétricales et sages-femmes. Malgré tout, le calcul de l’OMS signifie tout de même que 700 femmes meurent chaque jour (plus de 255 000 par année) d’une cause évitable liée à la grossesse et à l’accouchement, dont 87 % en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.

Même au Canada, une étude menée par l’Université McGill en 2023 concluait que 1 à 3 % des femmes qui donnent naissance souffrent de complications graves à l’accouchement, notamment une hémorragie sévère ou une prééclampsie sévère. Selon une étude ontarienne publiée en décembre 2024, entre 2002 et 2022, il y aurait eu 169 décès reliés à la grossesse en Ontario sur 2  764  214 naissances, soit un taux de 0,06 par 1000 naissances.

Est-ce risqué d’accoucher à la maison?

Selon un document du Collège américain des obstétriciens et des gynécologues, publié en 2017 et mis à jour en 2026, les accouchements à la maison planifiés sont associés à un taux moins élevé d’interventions, mais aussi à un risque plus grand de décès. L’Académie américaine de pédiatrie estime que les naissances à domicile planifiées aux États-Unis sont associées à un risque de 1 à 2 décès du bébé par 1000 naissances.

Dans un texte de vulgarisation de l’Université de Boston en 2026, le professeur Eugene Declercq soulignait toutefois que l’accouchement à domicile peut être une option sécuritaire dans certaines conditions, notamment lorsqu’on dispose d’un système pour déterminer quelles femmes sont de bonnes candidates pour ce genre d’accouchement. Des études réalisées par des chercheurs néerlandais, ontariens et australiens ont en effet démontré qu’il n’y a pas plus de décès lors d’accouchements planifiés à la maison que lors d’accouchements en centre hospitalier, pour les femmes qui ont une grossesse à faible risque.

Par ailleurs, lorsqu’une complication survient, la possibilité de transférer rapidement la mère ou le bébé vers un centre hospitalier contribue également à diminuer les risques. L’Académie américaine de pédiatrie confirmait que, parmi les femmes qui prévoient accoucher à la maison, entre 10 et 40 % devront être transportées à l’hôpital. En 2016, le Collège américain des obstétriciens et des gynécologues soulignait que les régions où les accouchements à domicile ne sont pas bien intégrés au système médical, ou celles qui sont loin d’un hôpital, rapportent généralement des taux de décès plus importants.

Enfin, le Collège américain des obstétriciens et des gynécologues remarquait que la présence d’une professionnelle formée, comme une sage-femme, était l’un des points communs entre les études qui avaient observé des taux de mortalité comparables pour les accouchements à domicile. L’Académie américaine de pédiatrie recommande pour sa part la présence de deux professionnels de la santé pour chaque naissance, dont un qui aurait la responsabilité principale de prendre soin du nouveau-né.

Est-ce risqué d’accoucher seule?

La plupart des recherches portant sur les accouchements à l’extérieur des centres hospitaliers excluent généralement les accouchements non planifiés ou non assistés, car ils sont considérés comme plus risqués, précisaient des chercheurs islandais en 2026. Dans un article publié en 2026 sur le site The Conversation, la professeure en pratique sage-femme Hannah Dahlen ajoutait qu’on ne comprend pas bien les dangers associés aux accouchements non supervisés, parce que ces données ne sont pas collectées. 

Cependant, ce risque pourrait être comparable à celui d’un accouchement non planifié, mentionnaient les chercheurs islandais. Et même supérieur, si la mère n’a pas profité d’un suivi prénatal adéquat. 

En 2014, une équipe de scientifiques norvégiens et islandais avait conclu que les accouchements non planifiés qui avaient lieu à l’extérieur d’un centre hospitalier étaient associés à un taux de mortalité périnatale deux fois plus élevé. Ce que confirmait l’étude du Collège américain des obstétriciens, parmi les femmes qui planifiaient d’accoucher à l’hôpital ou qui n’avaient pas fait de démarche pour s’assurer de la présence d’un professionnel de la santé lors de l’accouchement.

Enfin, les enquêtes journalistiques de la dernière année sur les accouchements à la maison non assistés ont fourni des données anecdotiques sur les risques. Par exemple, les journalistes du Guardian ont pu parler à 19 mères dont le bébé est décédé à la naissance ou qui ont connu des complications sérieuses lors de ce type d’accouchement. 

Selon le New York Times, les données du coroner de l’Ontario révèlent que 11 bébés et une mère sont décédés entre 2020 et 2024 lors d’un accouchement non assisté. Au Québec, depuis 2021, deux rapports du coroner portaient sur des décès de bébés en contexte d’accouchement sans professionnel, pouvait-on lire dans un texte du Devoir publié en septembre 2026.

Verdict

Le nombre de femmes qui meurent en accouchant est faible, en particulier dans les pays occidentaux. Cependant, ce faible pourcentage s’explique en partie par l’amélioration des soins médicaux. Les femmes qui choisissent d’accoucher à la maison sans aide s’exposent donc à plus de risques, en l’absence d’une personne qui saura intervenir en cas de complications et d’un accès rapide aux services hospitaliers en cas d’urgence.

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