Si l'eau a contribué à créer la vie, la vie a contribué à créer... le sol. Telle est l'image étrange à laquelle il faudra peut-être s'habituer.

Cette théorie résoudrait en tout cas deux énigmes: pourquoi les continents sont-ils apparus à un moment précis de l'histoire de la Terre, et pourquoi y trouve-t-on autant de granit, une substance qui ne semble présente nulle part ailleurs dans le système solaire.

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Mais d'abord, un petit rappel. La Terre est vieille de 4,6 milliards d'années. Ce n'est toutefois que 600 à 800 millions d'années plus tard que se forment les premiers fragments d'une croûte continentale stable (on en a trouvé des traces dans le Nord-Ouest du Canada).

Eh bien selon une équipe de géologues danois, ce sont les premiers microbes qui ont fourni l'énergie chimique nécessaire à la formation de ces premières croûtes stables, embryons des futurs continents.

Leur argument-clef: le granit. Ce matériau est créé lorsque des roches de basalte fondent puis se reforment, enrichies (grâce à l'eau) de silice, d'aluminium et de certains métaux. Le granit ainsi créé est moins dense que le basalte qui l'avait précédé, de sorte qu'il remonte vers la surface, au hasard des séismes et des bouleversements volcaniques, formant du coup des "croûtes" rocheuses plus stables. Ajoutez plusieurs dizaines de millions d'années de ce régime, et vous avez des continents.

Mais pour que ce processus passant du basalte au granit commence –un processus chimique somme toute assez complexe– il a fallu un apport d'énergie, et cet apport d'énergie, il est venu des premiers microbes, selon Minik Rosing et ses collègues du Museum de géologie au Centre pour l'évolution de la Terre de Copenhague.

Les microbes, en capturant l'énergie du Soleil –ce sont les débuts de la photosynthèse, base du cycle de vie d'aujourd'hui– auraient obtenu le "carburant" nécessaire pour engendrer des réactions chimiques, suffisamment pour altérer les processus chimiques de la Terre qui, jusque-là, étaient sans doute bien primitifs.

Or, ces premiers microbes capables de photosynthèse, d'après les plus récentes études biochimiques, seraient apparus il y a environ 3,8 milliards d'années. Une période qui correspond à celle de l'apparition de nos premières croûtes stables, soulignent à grands traits les géologues danois dans la revue Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology.

Là où personne ne les contredira, c'est dans le fait que les débuts de la photosynthèse ont effectivement dû donner un coup de pouce à plusieurs cycles chimiques et biochimiques, dans l'air et sous terre: car notre planète se retrouvait du coup capable de créer, briser et reconstituer beaucoup plus de composés chimiques qu'à l'époque précédente, où elle n'avait –probablement– à sa disposition que des microbes obscurs cachés au fond des volcans sous-marins.

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