Du poil de mammouth mort depuis des milliers d’années, et voilà : des scientifiques viennent d’achever le décodage partiel de son code génétique. Si ce n’est pas le premier animal « décodé », c’est le premier animal... éteint.

Le travail n’est pas complet mais déjà, les séquences génétiques permettent de mieux situer les différences avec son prochain cousin éléphant, et les mutations génétiques qui lui ont permis à ce grand poilu de s’adapter aux grands froids.

Il faut se rappeler qu’il y a seulement 12 ans, un tel exploit paraissait impossible : l’ADN a la particularité d’être une molécule qui se dégrade assez vite. On croyait par exemple tout aussi impossible de décoder un jour le génome d’un homme du Néandertal (voir cette brève de 1997), ce cousin dont les derniers représentants sont morts il y a près de 30 000 ans. Et puis, au cours des années 2000-2005, le développement de nouvelles technologies permettant de passer plus vite au crible les séquences génétiques, a permis de procéder à des déductions —en fonction des connaissances accumulées sur d’autres génomes— et —si on caricature un peu— de « combler les trous ».

Incidemment, le génome presque complet d’un Néandertalien devrait être publié d’ici peu.

Dans le cas du mammouth, c’est encore loin d’être un génome complet : ce n’est que 70% du génome qui a été décodé, annonce-t-on dans la dernière édition de la revue Nature. Mais c’est une avancée suffisante pour avoir fait renaître, sur tous les fils de presse, le spectre du Parc jurassique : à quand un mammouth broutant dans les grandes steppes sibériennes?

À première vue, ce n’est pas entièrement invraisemblable: nous avons à notre disposition, aujourd’hui, des cousins beaucoup plus proches du mammouth que du tyrannosaure, ce qui faciliterait un éventuel clonage. Mais qu’on ne s’emballe pas, il manque encore plusieurs étapes à un —hypothétique— retour du mammouth :

- compléter le séquençage des 20 000 gènes à 100%; on en est encore très loin, parce qu’en dépit des progrès technologiques mentionnés plus haut, la dégradation de l’ADN sur des milliers d’années reste un énorme obstacle;

- produire une copie de cet ADN en laboratoire, une chose qu’on commence à peine à être capable d’envisager pour l’ADN de bactéries primitives (582 000 paires de base pour la première bactérie « synthétique », en janvier dernier : c’est 8000 fois moins que le mammouth!)

- transférer cet ADN dans un ovule qui ne le rejetterait pas

- et transférer cet ovule dans un utérus qui ne le rejetterait pas

Les premiers pas de ce travail remontent en fait à 2005, lorsque le généticien Stephan Schuster et ses collègues à l’Université d’État de Pennsylvanie, avaient séquencé 13 millions de paires de base de l’ADN mitochondrial —celui qui ne se transmet que de mère en fille. Ils en avaient conclu que la séparation entre le mammouth et l’éléphant d’Afrique s’était produite il y a 6 millions d’années. En fouillant cette fois « l’autre » ADN —c’est-à-dire le « traditionnel », celui auquel on pense généralement quand on parle d’ADN— Schuster, avec cette fois 3,3 milliards de paires de base, a pu confirmer qu’il y avait deux espèces de mammouths laineux vivant en Sibérie.

Ces deux espèces se seraient distinguées il y a seulement 1 million et demi d’années : il y a beaucoup moins de diversité génétique entre elles qu’entre les primates, et ceci aurait pu être un facteur rendant le mammouth en plus grand danger d’extinction.