Barack Obama a donc rétabli, après huit ans, le financement de la recherche sur les cellules-souches. Mais au-delà de ce décret présidentiel, ce sont les mots qui marquent une rupture avec la façon dont la science était politiquement utilisée depuis huit ans. La fin d’une époque?

L’interdit avait été mis en place en août 2001 par le nouveau président George W. Bush : il stipulait que plus aucune recherche sur des nouvelles lignées de cellules-souches ne devrait être réalisée avec des subventions gouvernementales. C’était devenu la première des ingérences du gouvernement républicain dans la recherche scientifique, une liste qui allait s’étendre, au fil des ans, au réchauffement climatique, aux énergies alternatives, à la lutte contre l’obésité et aux recherches sur le sida —entre autres.

En levant cet interdit lundi dernier, 9 mars, et en laissant aux National Institutes of Health —principal organisme subventionnaire de la recherche bio-médicale aux États-Unis— le soin de dresser les critères éthiques, le président ne s’est toutefois pas contenté de signer un décret présidentiel : il a annoncé que l’ère de l’ingérence politique dans la science était peut-être chose du passé. Dans un mémorandum qui est passé pratiquement inaperçu on peut lire :

Les fonctionnaires ne devraient pas supprimer ou altérer des découvertes et des conclusions scientifiques. Si de l’information scientifique et technique est développée et utilisée par le gouvernement fédéral, elle devrait normalement être rendue publique... La sélection de scientifiques et de professionnels de la technologie pour des postes de direction devrait être basée sur leurs connaissances scientifiques et techniques, leur expérience et leur intégrité.

En termes clairs, la Maison-Blanche donne pour mission au bureau de son conseiller scientifique de procéder à un « grand ménage du gouvernement » afin de s’assurer qu’il ne soit plus possible à des employés politiquement partisans de jongler avec la science, que l’information scientifique soit utilisée de la façon dont elle le mérite dans le processus de prise de décision; et que les dénonciateurs (whistleblowers) soient protégés.

L’Union of Concerned Scientists (UCS), qui avait été, en 2004, la première organisation nationale à tirer la sonnette d’alarme sur ce qui était alors en train de se passer dans de multiples agences gouvernementales (de la protection de l’environnement à l’Institut national sur le cancer en passant par la NASA), avait fait cette recommandation il y a cinq ans : mettre en place une structure qui empêche une administration de mener une « guerre à la science ». Ironiquement, le conseiller scientifique du président Bush avait lui-même fait une telle recommandation, à la suite des allégations de l’UCS.

Officiellement, le conseiller scientifique du président, John Holdren, doit revenir avec un plan d’ici quatre mois.

Pascal Lapointe