Après trois années de travail sur de microscopiques grains de poussière provenant d’une comète, des scientifiques confirment cette semaine y avoir trouvé ce que tout le monde espérait : les premières étapes de la vie. Les médias scientifiques en bourdonnent d’excitation. Qu’est-ce que cela signifie?

D’où viennent ces grains de poussière?

En décembre 2006, la sonde spatiale Stardust parachutait sur Terre un petit trésor : une minuscule poignée de grains de poussière « ramassés » trois ans plus tôt alors que cette sonde traversait la queue de la comète Wild-2. Ces grains mesurent à peine quelques millièmes de millimètre chacun, et l’ensemble de la « récolte » ne pèse que quelques millionièmes de gramme.

Quelle est la découverte?

Des scientifiques y ont identifié un acide aminé, la glycine, une des « briques » de base de la vie. « Notre découverte appuie la théorie voulant que certains des ingrédients nécessaires à la vie se soient formés dans l’espace et aient pu être livrés sur Terre, il y a longtemps, par des météorites ou des comètes », résume le communiqué de presse de la NASA.

Est-ce vraiment une découverte?

Une découverte, mais pas une surprise. La détection d’acides aminés dans des météorites remonte aux années 1960. Des chercheurs ont affirmé en 2003 en avoir détecté dans des nuages de poussière interstellaire, mais cette affirmation demeure contestée. Avec Stardust, c’est toutefois la première occasion qu’on a d’en recueillir directement depuis l’espace. Dès 2006, une équipe du Centre d’études spatiales Goddard , rattaché à la NASA, avait fait état de la présence de glycine dans cette poussière de comète, mais ne pouvait pas encore écarter la possibilité que cet acide aminé soit originaire de notre planète.

Pourquoi la glycine est-elle si importante?

Parce que c’est une « brique », justement : d’autres molécules —d’autres briques— indispensables à la formation de la vie se greffent autour de cette première brique. La glycine constitue ainsi un des matériaux de base de nos protéines,

Or, avec une comète comme Wild-2, on a affaire à un corps céleste qui n’a peut-être pas changé depuis plus de 4 milliards d’années : c’est un témoin de la formation de notre système solaire, façonné dans le même nuage de gaz et de poussière où se formaient alors les planètes, dont la Terre. Cela signifierait donc que la glycine, un mélange de carbone, d’hydrogène, d’azote et d’oxygène, était présente dès les origines de notre système solaire.

Comment sait-on qu’il ne s’agit pas de glycine terrestre qui aurait contaminé cet échantillon?

Parce que le carbone qui la compose contient une plus grande proportion d’un type de carbone (le carbone 13) que celui composant la glycine qu’on trouve sur Terre (le carbone 12). Un peu l’équivalent d’un biologiste qui établirait, par l'analyse de l'ADN, que deux espèces animales en apparence semblables sont en réalité différentes.