En Occident, il s’est produit en moins de 20 ans quelque chose que les mouvements anti-tabac n’auraient jamais cru possible : la cigarette est devenue socialement inacceptable. Se pourrait-il qu’il en soit un jour de même pour l’alcool? En tout cas, la première salve pourrait venir de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans les prochaines semaines.

Ça porte pour l’instant le titre provisoire Stratégie globale sur la réduction des dommages en santé causés par l’alcool, et un premier document de travail doit être sur la table des membres du Bureau exécutif de l’OMS, lors de leur prochaine rencontre, en janvier. Le document, dévoilé en septembre, est le résultat de pourparlers entre les représentants des 193 États membres de l’OMS, et si le Bureau exécutif l’endosse, il pourrait être officiellement adopté par l’assemblée générale de l’OMS en mai.

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Mais une lutte anti-alcool, est-ce sérieux, quand on se rappelle que l’alcool a une histoire d’amour avec l’humanité de quelques millénaires plus ancienne que le tabac? Quel peut être le but de cette initiative, sachant que l’OMS n’a aucun pouvoir légal?

Officiellement, l’objectif est de développer une « prise de conscience, parmi les gouvernements, de l’importance de réduire les abus d’alcool ». Dans l’espoir, par conséquent, que ces gouvernements légifèrent plus sévèrement. On cite pêle-mêle les conducteurs saouls (la législation est déjà plus vigoureuse en Amérique que dans la plupart des pays d’Europe), la violence au foyer causée par l’alcool, les travailleurs qui mettent en danger leurs collègues et le syndrome de l’alcoolisme foetal.

À défaut de législation sévère, l’OMS suggère la carte maîtresse : taxer. Le New Scientist cite un chercheur de l’Université de Floride qui, après avoir passé en revue 112 études, conclut qu’en moyenne, une hausse de 10% du prix réduit la consommation de bière de 5%, et réduit celle de spiritueux de 8%.

De toutes façons, l’OMS ne pense pas qu’à l’Occident dans son « plan global ». Au Kenya, pays d’Afrique de l’Est, l’empoisonnement causé par l’alcool de qualité douteuse (et pas cher), figure assez haut dans la liste des causes de décès. Une brasserie locale a donc lancé un rival de bonne qualité, et le gouvernement kenyan a accepté de l’exempter de taxes. De quoi relativiser le problème des adolescents occidentaux qui boivent trop le vendredi soir...

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