Les mouvements antivaccins pensent nuire aux compagnies pharmaceutiques en s’attaquant aux vaccins. En réalité, ils pourraient les aider à faire de plus gros profits.
À lire également
Ces dernières années, plusieurs des plus grosses multinationales ont en effet coupé dans leurs budgets de recherche sur les vaccins ou ont vu leurs ventes diminuer. Et à Washington depuis un an, elles ont assisté à des attaques rangées contre les subventions à la recherche, notamment sur les vaccins à ARN. Avant même ces remous, Johnson & Johnson —plus grosse compagnie pharmaceutique mondiale en 2025, avec des ventes de 94 milliards$— avait réduit ses dépenses dans le domaine de la recherche vaccinale, pour les rediriger vers des secteurs comme le cancer et les maladies autoimmunes. Pfizer a annoncé à la fin de 2025 des investissements accrus dans la lutte contre l’obésité. Merck a révélé qu’en 2025, les ventes de son populaire vaccin Gardasil, contre les virus du papillome humain, avaient diminué de 39%, ou 5,2 milliards$, en particulier sur le marché chinois. Et en janvier, lors du Forum économique mondial, le président de Moderna, Stéphane Bancel, a déclaré que l’hostilité de certains décideurs politiques face aux vaccins allait affecter la capacité de sa compagnie à développer de nouveaux vaccins.
C’était une allusion, entre autres, au fait que le gouvernement des États-Unis a ciblé spécifiquement en 2025, dans ses coupes aux subventions de recherche, les vaccins à ARN, et ce en dépit des nombreux espoirs qu’ils suscitent.
Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
Les mouvements antivaccins ont plusieurs fois décrit cela comme des victoires contre un « Big Pharma » qui verrait ainsi ses profits diminuer.
Or, s’il est exact que ces compagnies font de gros profits, un vaccin n’est pas ce qu’il y a de plus lucratif, contrairement à la croyance populaire. C’est un produit dont la fabrication est complexe. Et qui, dans certains cas, n’est administré qu’une ou deux fois dans une vie —comme le vaccin contre la rougeole.
Même pour les gens qui reçoivent un vaccin contre la grippe chaque année, on est loin des revenus que génère, pour son fabricant, un médicament visant à réduire les risques de problèmes cardiovasculaires qu’il faut prendre tous les jours. Ou d’un traitement de longue durée contre un cancer. À tel point que, avant même la COVID, plusieurs vaccins prometteurs avaient été abandonnés ou retardés considérablement — comme celui contre l’Ebola — faute d’un marché jugé suffisant par ces compagnies.
Deux économistes de l’Université Harvard et du Collège Dartmouth avaient tenté dès 2003 de résumer dans un modèle mathématique cet « avantage » qu’ont les médicaments sur les vaccins: en plus des raisons déjà connues, écrivaient-ils « les vaccins ont plus de chances de contrecarrer la progression de la maladie que les médicaments, et donc, de réduire la demande pour le produit ».
Les vaccins contre la COVID ont généré de gros profits, note la vulgarisatrice Jess Steier dans une analyse récente, mais ils ont bénéficié « de garanties d’achats par les gouvernements, d’un parcours d’autorisation accéléré et d’une absence de concurrence sur le marché —des conditions qui n’ont jamais existé pour les vaccins infantiles et ne se répéteront peut-être jamais ».
En ce moment, poursuit-elle, les critiques bruyantes des antivaccins envoient un signal au marché comme quoi les vaccins seront peut-être encore moins profitables qu’avant. « Et l’ironie est que les gens qui ont condamné les vaccins comme un complot à profits du Big Pharma pourraient être ceux qui seront le plus responsables pour l’expansion des pharmaceutiques ». Parce que « moins de vaccins signifie davantage de maladies évitables. Davantage de maladies évitables signifie davantage de gens qui auront besoin de traitements. Davantage de traitements signifie davantage de revenus pour les pharmaceutiques —des revenus récurrents, à long terme. »




