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Une récente enquête sur la santé mentale montre que les jeunes québécois vont moins bien que lors de la pandémie, une période pourtant déjà préoccupante.

Par rapport à la précédente enquête du même groupe de l’Université de Sherbrooke en effet, en quatre ans, les symptômes anxieux des 18-29 ans ont grimpé de 21 à 31 %, tandis que les symptômes dépressifs sont passés de 23 à 30 %, selon le rapport sur L’état de santé mentale en contexte de crises multiples : Comparaison octobre 2021 versus décembre 2025.

« C’est le groupe où la santé mentale se détériore le plus et c’est préoccupant. L’anxiété et la dépression sont en hausse à un âge charnière de la vie», relève Gabriel Blouin-Genest, chercheur au Centre interdisciplinaire de développement en santé et professeur à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université de Sherbrooke.

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L’équipe de recherche a sondé 2037 adultes des régions de l’Estrie et de la Montérégie, en décembre 2025. Cela a permis de comparer avec les données recueillies en 2021.

Les chercheurs constatent également une montée du sentiment de solitude, particulièrement marqué chez les 18-29 ans – avec une hausse de 41 à 58% des participants au sondage.

« La technologie et les écrans sont utilisés constamment, principalement par les plus jeunes – mais pas que par eux. Ils sont déconnectés du relationnel et connaissent donc plus d’anxiété », soutient le chercheur. 

Le télétravail et le confinement y ont contribué et les jeunes le vivent plus que les autres tranches de la population. Le Pr Blouin-Genest pense qu’une des solutions serait de forcer les échanges, les dialogues, particulièrement entre ceux des deux pôles politiques « avec le retour du travail en personne et la création d’espaces communs d’échanges. 

Mais ça ne suffira pas: il faut aussi mieux répondre aux besoins de base des gens, avec plus de logements abordables, une alimentation moins chère, etc. pour apaiser le sentiment de crise vécu par la population plus vulnérable, les jeunes en tête ».

Plus marqué chez les femmes

Alors que dans la population générale, la santé mentale reste assez stable, ce sont les jeunes qui affichent le plus grand recul. Ils sont suivis par deux groupes, les 30-39 ans et les 50-59 ans, et c’est plus fort chez les femmes.

« Il y a aussi un rôle de genre qui rend les femmes plus sensibles au stress face aux crises. C’est assez révélateur, car cela montre que chez certains, surtout chez les jeunes, les défis sont vécus comme des barrières au bien-être », explique le chercheur.

Il y a une montée de l’anxiété et aussi un recul du sentiment de cohérence chez les jeunes adultes, ce que montrent les données. Ce qui provoquerait, selon les chercheurs, un fossé intergénérationnel plus marqué en 2025 qu’en 2021. Chez les jeunes, il y aurait une « crise du sens » qui se manifeste avec un recul du sentiment d’appartenance à la société et donc un repli sur soi.

Les changements climatiques sont le point commun entre les enquêtes de 2021 et 2025. Les chercheurs s’intéressent à l’impact qu’ont des crises multiples sur la santé psychologique, et en particulier ce que ces crises amènent comme changements de perceptions et d’attitudes.

Parmi ces crises, l’immigration, et notamment les migrations climatiques.  « Il peut y avoir une résistance à l’immigration, particulièrement en région où l’on en trouve encore peu », précise le chercheur.

Ce sondage s’inscrit dans le projet « Le triple Nexus sur les changements climatiques, la migration et la santé publique », qui vise à documenter l’impact de la crise climatique et de la pandémie sur le social. 

Plus polarisés qu’auparavant

Le spectre politique couvert par les répondants serait sensiblement le même, malgré une légère hausse du côté de la droite entre 2021 et 2025. Cependant, les jeunes de 18 à 29 ans s’avèrent plus polarisés qu’auparavant avec 20% à gauche et 9% à droite - contre 13% et 5% auparavant.

Alors que les jeunes sont plus nombreux à gauche qu’à droite, en moyenne, les hommes, tous âges confondus, sont deux fois plus nombreux à se situer à droite que les femmes. 

 « L’espace commun s’affaiblit et on constate un phénomène de polarisation, selon l’âge et le genre », explique le Pr Blouin-Genest. 

Par ailleurs, il y a aussi « un recul de la confiance envers les gouvernements, ce qui n’est pas une surprise avec les poly-crises et le climat politique international ». Cette méfiance est deux fois plus élevée, quel que soit le groupe sociodémographique, avec 22% en 2025, contre 11% en 2021. 

Le revenu et l’éducation jouent un rôle. « Les plus nantis ont plus à perdre face aux crises, comme les changements climatiques ou l’inflation, tout comme ceux qui se sentent sans ressources. La désinformation sur les réseaux sociaux va avoir plus d’impact chez eux et créer plus de stress et d’anxiété », résume le chercheur.

En phase avec la réalité

La titulaire de la chaire de recherche du Canada en radicalisation et violence chez les jeunes en milieux éducatifs, Diana Miconi, qui n’a pas participé à cette étude, commente qu'il s'agit de données intéressantes qui devraient permettre des analyses poussées pour tenir compte de la complexité du sujet : « Certaines données et recommandations de cette étude sont en ligne avec celles qui ressortent de mes travaux et d'autres recherches internationales, notamment pour ce qui est de la montée de la détresse et de la déconnexion de la société chez les jeunes ».

La chercheuse du RAPS —recherche et action sur les polarisations sociales— recommande donc de promouvoir la cohésion sociale et de répondre aux besoins de base des jeunes, afin de soutenir les liens sociaux, par une approche de santé publique.

Ce type d’initiative, menée par les chercheurs de l’Université de Sherbrooke, est important pour documenter ce que vivent les jeunes, avance aussi le directeur de Force jeunesse, Fred-William Mireault : « cela confirme ce qu’on voit dans l’espace public. Les données sur le stress quotidien et le sentiment de solitude sont reliées à ce qui se vit à l’ère numérique, avec l’installation du télétravail et les études à distance durant la pandémie ».

Quant à la polarisation des jeunes, elle s’aligne avec la montée de la solitude. « On constate la diminution des espaces de socialisation. Les jeunes sont hyperconnectés et peu en interaction constante avec d’autres humains – plutôt dans des chambres d’écho numérique. Tout cela nourrit le climat de méfiance », pense M. Mireault.

La diminution des espaces de dialogue où ils pourraient être exposés à des idées différentes « se corrige en recréant des espaces entre individus pour les faire sortir de leur zone de confort numérique, être capable de construire des ponts et de forger un jugement critique de manière plus constructive », rappelle-t-il.

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