Même si vous n’avez aucune idée de ce qu’est un électron-volt, vous devinez sans peine que 7 000 000 000 000 d’entre eux, ça fait beaucoup. Et pourtant, la Terre n’est pas tombée dans un trou noir.

Le LHC, ou Large Hadron Collider, ce méga-accélérateur de particules dont tout le monde parle mais que peu sont capables d'expliquer, n’était pas avare de chiffres mardi dernier : un demi-million d’événements pendant les trois premières heures. Des particules projetées à à 99,999999% de la vitesse de la lumière dans l’espoir d’engendrer des collisions - ces fameux « événements ». Et surtout, cette énergie produite par les collisions, qui a atteint les 7 TeV (le 7 suivi de 12 zéros), un record jamais atteint.

Du moins, jamais atteint en laboratoire. Parce que le cosmos est le théâtre d’énergies plus élevées encore, au sein de lointaines étoiles à neutrons... ou dans notre propre atmosphère, lorsque de banals rayons cosmiques composés de banals protons y entrent banalement en collision avec d’autres banals protons.

Et alors, ce boson ?

N’empêche que pour le non-initié, la raison d’être du LHC reste aussi obscure qu’un débat sur la théorie des cordes. Au mieux, les vulgarisateurs arrivent à rappeler que ces physiciens espèrent trouver une mystérieuse particule, le boson de Higgs, qui n’existait que pendant une fraction de seconde après le Big Bang. Alors l’ont-ils « vu »? Certaines théories - les plus optimistes - ne disaient-elles pas que le boson de Higgs pourrait être « visible » à partir de 7 TeV?

Le mot-clef est évidemment « pourrait »... Mais même s’il avait été observé la semaine dernière, on ne le saurait pas avant des mois. Son existence serait enregistrée quelque part dans ces montagnes de données générées par ces millions de collisions, mais il faudra du temps pour les distinguer du « bruit de fond », explique ce physicien. De plus, créer une telle particule ne se produit peut-être qu’une fois sur 10 milliards de collisions, ou 1000 milliards, pour ce qu’on en sait...

D'où la métaphore du territoire nouveau. Ce mardi 30 mars, la physique est entrée dans un territoire inconnu, ont-ils été plusieurs à écrire. Il faut d’abord aux physiciens en dessiner la carte, s’ils veulent être capable d’en identifier les composants. Dans les mots d’un professeur de CalTech, Harvey Newman : « C’est très excitant parce que nous entrons dans une nouvelle fourchette d’énergie. Nous regardons toutes sortes de nouvelles choses exotiques », incluant des signes de dimensions autres que nos trois dimensions. On peut déjà imaginer le nombre d’étudiants au doctorat qui attendent fébrilement en vue de leur thèse...

C’est qu’il a fallu de la patience aux physiciens. Seize ans, de la naissance du projet à aujourd’hui, et 10 milliards de dollars. En plus du faux départ de 2008.

On parle même d’un des plus coûteux projets scientifiques internationaux de l’histoire, et ce à l’heure où la science fondamentale - celle qui ne vise pas des applications pratiques - a moins la cote. On peut comprendre les physiciens d’être nerveux.

Prochaine étape ?

Si tout va bien, le LHC devrait continuer d’accumuler les collisions - et les données à décoder - à ces hautes énergies jusqu’à la fin de 2010, après quoi il sera « débranché » pour un an, le temps de « reconstruire les connections » : en théorie, des aimants et des assemblages plus performants devraient permettre, en 2013, d’atteindre les 14 TeV. Si les chercheurs parlent d’un nouveau territoire à 7 TeV, imaginez à 14...