Le téléphone cellulaire peut donc « possiblement » causer un risque de cancer. Compte tenu que, dans le langage médical, bien des choses peuvent « possiblement » causer un risque de cancer, qu’en est-il de celui-ci?

Est-ce que les téléphones cellulaires causent le cancer?

Non. Si tel était le cas, le mot employé aurait été « certitude » ou « probable », plutôt que « possible ». Ces experts de l’Organisation mondiale de la santé, réunis la semaine dernière, s’ajoutent à une longue liste d’experts qui utilisent le mot « possible » comme un adjectif fourre-tout, parce qu’ils ont un choix limité d’adjectifs.

Les cinq catégories possibles sont en effet « agent cancérigène pour l’homme » (une certitude), « probable », « possible », impossible à classifier et « probablement pas ». À titre d’exemple, le café fait lui aussi partie des cancérigènes « possibles ».

Mais une telle conclusion va plus loin que ce à quoi on est habitué?

Oui, tout dépendant des analyses qu’on lit depuis mardi. Ce serait la première fois qu’un groupe de scientifiques prendrait une position qui ne serait pas « neutre » (autrement dit, une conclusion différente du classique « les données ne permettent pas d’affirmer que... » ou de « aucun lien définitif n’a été trouvé mais des études plus approfondies sont nécessaires... »).

Le téléphone cellulaire fait-il cuire notre cerveau?

Non. La quantité de radiations émises a été mesurée de multiples façons depuis 20 ans. Des animaux ont été soumis dans de nombreuses expériences à des quantités bien des fois supérieures, ainsi que des tissus humains, et jamais quoi que ce soit de dramatique ne s’est produit.

Ce dont on parle ici, c’est d’un lien statistique possible : il est possible qu’à long terme, les utilisateurs d’un téléphone cellulaire soient plus à risque que les autres d’avoir une parmi deux types de tumeurs du cerveau : plus précisément, le gliome et le neurinome de l’acoustique, ce dernier n’étant pas cancéreux.

S’agit-il d’une nouvelle étude ?

Non. Il s’agit d’un groupe de 31 experts en épidémiologie de 14 pays qui, réunis par l’Agence internationale de recherche sur le cancer de l’OMS, ont passé en revue les études scientifiques parues sur la question.

Au-delà du bref communiqué de presse, publié mardi, leurs conclusions doivent paraître d’ici peu dans l’édition en ligne de The Lancet Oncology.

S’il s’agit d’un lien statistique possible, peut-on le mesurer?

Les auteurs n’ont pas quantifié le risque. Selon le paragraphe-clef du communiqué :

Les preuves ont été passées en revue et, au final, sont évaluées comme étant limitées pour le gliome et le neurinome de l’acoustique, et insuffisantes pour tirer des conclusions face à d’autres types de cancers. Les preuves pour l’exposition au travail et dans l’environnement, mentionnées plus haut, ont été jugées inadéquates.

Et qu’en est-il de toutes les autres études qui ont recherché un lien cellulaire-cancer?

En général, le lien est douteux, mais « pas impossible ». Par exemple, un suivi d’une décennie dans des pays d’Europe du Nord n’a trouvé aucune augmentation du nombre de cancers au cerveau, en dépit de la hausse fulgurante du nombre de téléphones cellulaires dans ces pays. Une recherche parue en février dernier a conclu que le rayonnement émis par les téléphones avait un impact sur le métabolisme du cerveau, sans qu’on puisse affirmer que cela peut conduire au cancer. Encore une, originaire de Finlande et parue cette semaine dans le Journal of Epidemiology, a suivi une intuition : si le rayonnement était aussi puissant qu’on le prétend, les tumeurs au cerveau devraient être en plus grand nombre près des oreilles. Eh bien non, ce n’est pas le cas.

La seule chose qu’on sait avec certitude, c’est que le type de radiation émis par le téléphone est trop faible pour briser les liens à l’intérieur des cellules, au contraire des rayons ultraviolets du soleil.

Ces études sont-elles financées par l’industrie du cellulaire?

Dans le cas de deux études majeures (InterPhone en 2010 et une étude danoise parue en 2006), des fonds provenant de l’industrie ont été administrés par un organisme indépendant. D’autres groupes, nationaux ou internationaux, ont refusé les fonds de l’industrie. Les conclusions des unes et des autres études ne diffèrent pas suivant les sources de financement.