L’information scientifique circule de plus en plus, grâce au mouvement international d’accès libre. Mais alors que la volonté de rendre accessibles tous les travaux scientifiques continue de gagner du terrain, certains chercheurs semblent plus réticents à rendre accessibles leurs données.

C’est ce que conclut une enquête sur les chercheurs ayant publié dans la revue Annals of Internal Medicine entre 2008 et 2012. Et le fait que cette revue se soit penchée sur la question n’est pas un hasard: rendre publique la totalité des données est une question particulièrement épineuse dans la recherche médicale.

Nul n’est étonné qu’un chercheur soit beaucoup moins motivé à rédiger les résultats d’une étude infructueuse: autrement dit, personne n’aime publier des résultats négatifs, dans quelque domaine que ce soit. Mais en recherche clinique, des résultats négatifs, ça peut vouloir dire une future pilule qui n’a fonctionné que chez une partie de la population, ou bien des effets secondaires imprévus. Et les réticences à publier peuvent être encore plus grandes chez des compagnies pharmaceutiques: c’est pourquoi on a vu, ces 10 dernières années, se mettre en place des mécanismes pour inciter, voire obliger les auteurs —ou ceux qui les financent— à déposer la totalité des données dans des bases de données communes.

«L’industrie biomédicale est à la traîne derrière le reste du monde pour ce qui est de la façon dont on partage l’information», résume pour Nature Sharon Terry, qui présidait un comité expert sur la question pour l’Institut américain de médecine.

Dans l’enquête réalisée par les Annals of Internal Medicine, les 389 chercheurs interrogés se disent majoritairement pour le partage de leurs protocoles de recherches, des méthodes statistiques qu’ils ont employées et des algorithmes utilisés (72%). Toutefois, 54% se disent prêts à partager toutes les données compilées pendant l’étude; et plusieurs y ajoutent des conditions —par exemple, ils acceptent de partager ces informations uniquement au cas par cas, et non en les déposant dans une base de données. Et il est même possible que cette réticence ait augmenté entre 2008 et 2012, selon une présentation faite le 9 septembre par Christine Laine, rédactrice en chef des Annals, au Congrès international sur la révision par les pairs.

En juillet, le New England Journal of Medicine est devenu la première publication à mettre en hyperlien la totalité des données d’une étude publiée dans ses pages; les données en question, concernant une étude clinique, avaient été déposées sur la base de données TrialShare, développée par un consortium de chercheurs et financée par l’Institut national des allergies, une agence du gouvernement américain.