Le Soleil est censé être en ce moment au sommet de son cycle de 11 ans. Un sommet qui devrait être caractérisé par une recrudescence des éruptions et des taches solaires. Or, de taches, nulle trace.

Le sommet est-il en retard? Ou bien le petit sursaut d’activité observé par les astronomes en 2011 était-il tout ce que notre étoile aura eu à offrir cette fois-ci? Si tel était le cas, ce «maximum solaire» n’aurait pas été très impressionnant. Mais même si c’était le cas, il resterait une énigme: que cache en réalité ce cycle de 11 ans? Un autre cycle, étalé sur plusieurs siècles, dont cette absence de taches trahirait l’existence?

C’est depuis le XVIIe siècle que les télescopes permettent d'observer systématiquement les apparitions et disparitions de taches solaires. Et de découvrir que ces taches se font plus nombreuses tous les 11 ans. Les astronomes ont commencé à numéroter ces cycles, et l'actuel porte le numéro 24.

Au 20e siècle, ils ont également compris que ces taches coïncident avec un sursaut de l’activité de notre étoile. Les hauts et les bas des champs magnétiques s'agitant dans les profondeurs du Soleil génèrent périodiquement des régions plus froides et plus sombres —ce sont les taches. Et les immenses énergies condensées dans ces régions sont libérées sous la forme d'éruptions solaires —qui éjectent dans l’espace des doses massives de rayons-X et de particules chargées électriquement. Les quantités éjectées sont suffisantes pour que, si la Terre se trouve sur leur chemin, des satellites en soient affectés, de même que des réseaux de distribution d’électricité, comme ceux d’Hydro-Québec.

Cette dernière ne se plaindra donc pas que notre étoile soit aussi calme cette année. Mais pour les physiciens qui se spécialisent dans le fonctionnement de cette méga-centrale nucléaire, c’est «une leçon d’humilité», lisait-on récemment dans le New York Times : «si quiconque a compris [ce qui se passe cette année] je n’en ai pas entendu parler», y résumait Douglas Biesecker, physicien dont une des tâches est de prédire la «météo solaire».

Ce n’est pas la première fois que le cycle no 24 trompe les attentes. Même parmi ceux qui avaient prédit un cycle plus tranquille que la moyenne, peu s’attendaient à ce que la «période creuse» en 2008, se traduise par 266 journées consécutives sans la moindre tache —un record depuis un demi-siècle. L’activité solaire a ensuite repris du poil de la bête en 2010 et surtout 2011, comme prévu, pour ensuite faire une pause; et alors qu’on s’attendait à une recrudescence de l’activité, en route vers le sommet de 2013, il n’y a rien eu de tel.

Ce ne serait pas entièrement inhabituel. Le cycle no 14, dans les années 1900, avait lui aussi commencé plus tard que prévu et s’était terminé plus tôt que prévu. D’où les spéculations sur un cycle plus long: les cycles 14 et 24 seraient-ils les creux d’un cycle beaucoup plus long, qui nous reste encore à découvrir?

La question n’intéresse pas que les opérateurs de satellites ou les ingénieurs d’Hydro-Québec. Depuis deux ans, les spéculations vont bon train sur un lien possible avec le climat. Bien qu'il soit clairement établi que la Terre ne vit pas de cycles climatiques de 11 ans, en revanche, serait-il possible qu’une accalmie prolongée du Soleil ait contribué dans la dernière décennie à ralentir le réchauffement climatique —non pas au point d’inverser la courbe, mais au point de contrer partiellement l’impact des gaz à effet de serre?

Si cette hypothèse devait un jour se vérifier, elle n’aurait rien de réjouissant: parce que cela voudrait dire qu’aussitôt que le Soleil reprendra son activité habituelle —lors du cycle 25?— nous prendrons la pleine mesure de l’impact des gaz à effet de serre. Cela pourrait ne représenter qu’un ou deux dixièmes de degré Celsius de plus, selon une recherche parue en mai dans Geophysical Review Letters . Mais à l’échelle planétaire, c’est énorme.