(Chicago) — Dimanche matin, 9h. Dehors, le soleil brille, la journée s’annonce idéale pour arpenter en touriste les rues de la ville. Pourtant, 75 scientifiques ont choisi plutôt de la débuter par une petite séance d’improvisation.

Agglutinés dans la petite salle d’un grand hôtel du centre-ville, ils «vivront dans le moment» et «se connecteront à l’autre» en accord avec les mantras du nouveau gourou de la communication scientifique, Alan Alda, la grande vedette du dernier congrès de l’Association américaine pour l’avancement des sciences qui se déroulait récemment dans la métropole.

Ce nom vous est familier? Forcément. Alan Alda a lui-même brillé de tous ses feux dans les années 1970 alors qu’il incarnait le chirurgien surnommé «Hawkeye» dans la très populaire série américaine M*A*S*H*. Charismatique à l’époque, il n’a rien perdu de son éclat avec les années. A preuve, les 2000 individus —totalement subjugués— venus l’entendre la veille discourir des qualités d’une bonne communication scientifique et… d’improvisation, son nouveau dada.

Convaincant, Alda l’a sûrement été lors de sa présentation, qui affichait complet, pour que quelques dizaines de scientifiques se lèvent le lendemain, au petit matin, pour enchaîner des exercices qui semblaient parfois relever davantage du yoga que de la communication, puis assistent quelques heures plus tard, à une session complète sur l’utilisation de l’improvisation dans leur pratique professionnelle.

Selon les experts réunis pour l’occasion (deux chercheuses et une représentante du Alan Alda Center for science communication), l’improvisation aiderait les scientifiques à être plus à l’écoute des besoins de leur auditoire, à lire plus facilement le non-dit et à répondre aux demandes avec plus d’ouverture et de flexibilité.

De meilleurs médecins grâce à l’improvisation

Ces bienfaits, les scientifiques collaborant à l’organisation ImprovScience, les ont bien ressentis. Mais c’est la présentation de Katie Watson, avocate et professeure en bioéthique à l’école de médecine de l’Université NorthWestern, à Chicago, qui a donné le plus de poids aux propos étayés la veille par Alan Alda.

Publiée en 2011 dans le Journal de l’Association américaine des collèges de médecins, son étude rapporte que des élèves en médecine ayant suivi sa formation en improvisation, 95% ont dit que les techniques apprises en classe pourraient les aider à être de meilleurs médecins, et 100% recommanderaient cette formation à d’autres étudiants en médecine.

«Les médecins disposent des données requises, mais ils ne sont pas habiles pour les transmettre», a-t-elle lancé. Suite à sa formation à l’improvisation, ses élèves avaient acquis plus d’aisance à communiquer de façon générale, à interagir avec leurs collègues de travail et à transmettre leurs connaissances auprès des patients.

«L’enseignement pour plusieurs scientifiques est un mal nécessaire, ils préfèrent s’adonner à leur recherche», note de son côté la représentante du Alda Center. Les cours d’improvisation en groupe leur apprennent à partager une histoire personnelle et donc à s’engager auprès de l’autre. « Les étudiants ayant suivi ces cours sont d’ailleurs plus investis auprès de leurs étudiants ».

Comme quoi, le pouvoir du «storytelling» (le buzzword du congrès 2014 dont la traduction littérale est «raconter une histoire») en communication scientifique, comme en journalisme, ne doit pas être sous-estimé.