Certains redresseurs de torts ne portent ni costumes flamboyants ni armes futuristes. Ils travaillent dans un bureau ou dans un laboratoire près de chez vous. Dans le cadre de notre Pleins feux!, nous avons décidé de cibler quatre scientifiques québécois dont les pouvoirs —et le travail— changent notre quotidien de façon extraordinaire.

 

Traqueur de fraude

La criminalité financière sévit partout, et au Québec aussi. Paradis fiscaux, travail au noir ou encore évasion fiscale, Messaoud Abda traque la fraude sous tous ses aspects: des affaires de courtiers malhonnêtes (Norbourg et Dalpé et cie) à l’affaire Cinar, en passant par le fraudeur montréalais Earl Jones.

Pour le directeur du programme de lutte contre la criminalité financière de la 
faculté d'administration de l’Université Sherbrooke, la fraude, bien qu'elle revêt une apparence technique, relève davantage du phénomène social. «La fraude touche à l’argent, c’est pour ça qu’on en parle tant. Mais l'élément-clé, c'est l’abus de confiance, les fraudeurs saisissent une opportunité.» Sans parler des intermédiaires complices qui forment le lien entre le fraudeur et la victime.

Dans l’autre camp, celui qui appuie la lutte sur la sensibilisation à la fraude, gravitent les «chasseurs de fraude» constitués d’avocats, de financiers, d’administrateurs, de policiers et de conseillers en stratégie financière. La science, elle aussi, se met au service de la traque à la fraude. Mais si «les supercalculateurs permettent de travailler sur les signaux d’alerte, la technologie crée aussi de nouvelles opportunités de fraude: banques de données mal protégées, téléphone intelligent riche d’information, etc.», prévient le chercheur. De nouvelles ruses que le Colloque annuel sur la prévention de la fraude –«un petit Davos antifraude»— aborde chaque année, en mars.

Régénérateur d’organes

Des cellules de la peau engendrant des neurones, des cellules adipeuses produisant des tissus mous et des caillots sanguins se transformant en cartilage. Bienvenue dans le Laboratoire d'organogénèse expérimentale (LOEX) de l’Université Laval.

François Auger, directeur de ce centre de recherche qu’il a fondé en 1985, se penche sur la reconstruction cutanée et d'autres organes. Ses travaux font progresser le domaine du génie cellulaire, mais améliorent aussi les soins aux blessés graves, tels les grands brûlés. «Nous avons mis au point un pansement biologique dont les cellules sécrètent des molécules pour accélérer la guérison», cite-t-il comme exemple concret de son travail.

L’une de ses recherches actuelles porte sur la reconstruction vasculaire de tout petit diamètre (moins de 6mm) —une sorte de valve cardiaque «vivante»— afin de donner un coup de pouce aux chirurgiens lors des pontages coronariens.

Outre ses fonctions de chercheur, il assume aussi celles de directeur scientifique du Fonds de recherche du Québec –Santé qui célèbre cette année ses 50 ans.

Combattant de la violence

La violence dans les fréquentations serait courante chez les jeunes femmes: moqueries dégradantes, coups et blessures et même viol. «Les jeunes femmes ont beaucoup de pression de la part de leurs pairs pour avoir un petit ami à tout prix. Et de préférence, un qui soit dans l’équipe de hockey ou de football, là où dominent les stéréotypes sexuels», signale Tom Caplan, directeur de la Clinique de violence domestique de l’Université McGill.

Depuis 25 ans, le psychologue cherche à comprendre la violence domestique. Il a d’ailleurs publié un guide, issu de ses recherches, sur les besoins de changement de comportements destiné aux groupes de psychothérapie. Pour vivre de saines relations, «il faut accepter ses propres responsabilités dans l’échec de la relation. Passer d’un rôle de victime à celui de survivant», relève le psychologue, souvent appelé à témoigner au tribunal en tant qu'expert de violence familiale.

Chaque semaine, il apprend aux hommes, aux femmes et aux enfants éprouvant des difficultés avec la colère et l’agressivité à réduire leur souffrance émotive dans le Centre de gestion de la colère de Montréal qu’il a créé.

Protectrice de la faune marine

Grande protectrice des mammifères marins et de leur rôle écologique, la biologiste Lyne Morissette a grandi à Rimouski, les yeux sur l’estuaire du Saint-Laurent. C’est donc sans surprise qu’elle a rejoint l’équipe de recherche de Pêches et Océans Canada avant de faire un doctorat en zoologie au Centre des pêches de l’Université de la Colombie-Britannique.

Alors que de nombreux pêcheurs pointent du doigt les phoques voraces, elle devient la grande défenderesse des mammifères marins. «Les pêcheurs voient cette relation de manière simpliste: un prédateur égale baisse des prises de poissons. Dans la réalité, ce n’est pourtant pas aussi évident à prouver.»

La jeune femme n’a pas hésité à plonger dans la politique internationale pour défendre la cause des baleines devant Commission baleinière internationale. Alors que le Japon menace de reprendre la chasse à la baleine, l’écologiste combattante vient tout juste d’organiser un Symposium nomade des océans pour répandre les connaissances scientifiques sur les grands mammifères marins. Ce récent jalon de son projet «Sur la Route des Baleines» forme de jeunes chercheurs à l’importance des rorquals à bosse et sensibilise le public à l’importance de préserver les océans et leurs richesses. La surpêche constitue selon elle l’enjeu majeur des prochaines années.

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Et en ces temps troublés d’austérité, chaque scientifique luttant dans son laboratoire ou son bureau à faire avancer la science se révèle finalement à sa manière être un super héros!