Peste noire, grippe espagnole, SRAS... La peur des épidémies se propage d’un bout à l’autre de la planète aussi vite que le permettent maintenant les chaînes de télévision câblées. La seule mention d’Ebola donne aujourd'hui des sueurs froides à un bon nombre d'Occidentaux.

Entre la peur d’avoir peur et la menace réelle —la grande majorité des décès restent pourtant circonscrits à une zone de l’Afrique de l'Ouest—, Ebola retient l’attention des médias, des services de santé publique et des politiciens d'ici.

«Il est normal d’avoir peur d’un virus féroce qui ne connaît pas de traitement. Il s’agit pourtant d’un délire imaginaire autour de la maladie, alimenté par la circulation de nombreuses images effrayantes», tranche le professeur d’histoire de la santé Patrick Zylberman, qui a fait de cette peur collective le propos de sa conférence Santé publique, sécurité nationale? , présentée récemment au Cœur des sciences de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM).

La lutte à Ebola s’avère donc, en partie, un combat de l’ignorance et de la peur. Les films Contagion , Alerte , The Hot Zone — tiré du livre de Richard Preston— ont aussi marqué les spectateurs, alimentant un imaginaire néfaste autour des origines de l’épidémie. Et les films occultent les risques réels de contamination du virus au sein de sociétés dotées de bons systèmes de santé.

Car «le véritable drame se déroule en Afrique», insiste-t-il. L’enjeu réel serait de hausser le niveau de qualité des soins des pays en développement afin de bâtir une défense avancée. «En aidant les Guinéens à améliorer leur sort, nous pourrons aussi nous protéger.»

Appel au calme

La récente déclaration de notre ministre de la Santé, Gaétan Barrette —«Le système de santé québécois est prêt à faire face à un éventuel cas d'Ebola»— ou le discours du président américain Barack Obama, qui se dit prêt à accueillir de nouveaux cas, visent tous l’appel au calme.

Sont-ils suffisamment entendus? «Un bon discours se doit d’être subtil face à une situation sanitaire aussi compliquée», précise Patrick Zylberman. Le point délicat reste le défi que représente une bonne communication des risques à la population. Il faut informer sans affoler et surtout, avoir la crédibilité suffisante pour le faire.

Se pose alors la question de la légitimité de ceux qui communiquent. «Les politiciens qui prennent parole sont généralement mauvais à cet exercice. Un médecin intelligent, plus légitime, sera plus écouté.»

L’histoire à la rescousse

De la peste noire au SRAS, en passant par H1N1, quelles leçons peut-on tirer des grandes épidémies?

Elles nous parlent de leur époque et surtout de la manière dont ont été gérées ces graves crises sanitaires, explique l'historien. La comparaison d’Ebola et de la peste noire, malgré des caractéristiques communes (l'absence de cure, la gravité de la crise et la mise en danger des structures des pays affectés), met à jour des différences fondamentales.

«La peste noire, bien documentée, a été gérée localement, par les églises et les autorités municipales. Tandis que dans le cas d'Ebola, on assiste à un enchevêtrement d’autorités locales, nationales et internationales, ce qui rend les choses plus complexes à administrer.» La faible —et tardive— mobilisation internationale et la négation du problème par certains États ont aussi bâti le drame sanitaire que nous connaissons aujourd'hui.

Les leçons d’Ebola

La mauvaise évaluation de la situation par les responsables de la santé publique internationale, l’Organisation mondiale de la santé en tête, a rajouté au drame humain dont sont témoins les Occidentaux. Le cri d’alarme de la présidente internationale de Médecins sans Frontières, Joanne Liu, en septembre dernier, a mis à jour un flagrant problème de réactivité de ces grandes institutions.

Le manque de préparation face à un événement sanitaire majeur serait aussi un élément important à considérer dans cette crise. «Nous ne sommes toujours pas prêts à intervenir face à une telle crise, et les pays en voie de développement le sont encore moins», relève le titulaire de la Chaire française d’histoire de la santé à l’École des hautes études en santé à Paris et à Rennes.