Vous vous souvenez de «la» robe? Celle qui était bleue et noire, à moins que ce ne soit jaune et blanche? Pas moins de trois équipes de chercheurs viennent de publier chacun une étude en bonne et due forme... et la principale surprise est que certains sont parvenus à trouver des cobayes qui n’avaient pas encore vu cette robe.

En gros, la différence entre les deux façons de voir cette robe tient à deux choses: la lumière ambiante... et la pauvre qualité de la photo. «Notre cerveau ne dispose pas de suffisamment d’informations pour faire la différence», résume le neurologue américain Bevil Conway, auteur principal d’une des trois recherches, parues le 14 mai dans Current Biology. Alors pour trancher, notre cerveau se tourne vers nos «modèles internes»: soit notre jugement personnel de ce que nous présumons être l’éclairage ambiant, soit notre intuition du tissu de la robe. Et on a vu il y a trois mois ce que jugements et intuitions ont donné.

C’est Conway qui a dirigé la plus ambitieuse des trois études: 1400 personnes —dont 300 qui n’avaient jamais vu cette robe auparavant. Il s’en est trouvé qui voyaient la robe suivant les deux séries de couleurs déjà connues, et un troisième groupe s’est même dégagé, qui la voyait bleue et brune. Conway a également constaté que l’âge semblait jouer: les plus âgés ont plus tendance à voir la robe jaune et blanche, tandis que les plus jeunes penchent vers le bleu et noir.

Le gros problème —comme l’avaient déjà appris ceux qui, il y a trois mois, avaient creusé cette histoire devenue virale— c’est que le bleu est une couleur chargée d’ambiguïtés. Tout dépendant de l’éclairage et de l’arrière-plan, notre vision n’est apparemment pas «programmée» pour distinguer à tous les coups le bleu de ce qui l’entoure.

C’est d’ailleurs ce qu’a testé une des deux autres équipes, celle du psychologue Michael Webster, de l’Université du Nevada: là où la moitié des étudiants testés voyaient une bande bleue et l’autre moitié, une bande blanche, Webster a inversé l'ordre des couleurs, et du coup, la quasi-totalité de la classe a identifié la robe de la même façon, jaune et noire.

Mais au final, ceux qui ont lu cet hiver au moins un des nombreux articles de vulgarisation sur le sujet, n’apprendront rien de neuf de ces trois études. Leur mérite, résume le neurologue David Brainard dans un commentaire également publié par Current Biology, est de faire glisser cette discussion de la twittosphère vers les données solides: oui, c’est vrai, nos yeux nous trahissent. Non, nous ne voyons pas toujours les couleurs telles qu’elles sont réellement: une couleur n’est pas une «constante» comme 1+1 = 2.