Vous aimeriez faire votre doctorat en physique à la prestigieuse université Barkley, en Californie? Pour 4000$, une firme pakistanaise vous enverra votre diplôme.

On aura compris que l’université Barkley est fictive, tout comme l’université Newford dont l’École de droit fait pourtant l’objet d’un très joli vidéo promotionnel, tout comme la signature du secrétaire d’État John Kerry sur certains certificats est fausse, tout comme un reportage sympathique sur le site participatif de CNN... En tout, révèle en fin de semaine le New York Times au terme d'une longue enquête, une arnaque impliquant au moins 370 faux sites web, en plus d’acteurs jouant le rôle de présidents d’université et autres directeurs de département, et un mystérieux homme d'affaires pakistanais.

Et apparemment, ça marche, et depuis des années: des milliers de personnes paieraient chaque année des millions de dollars à différents canaux qui conduisent tous vers une firme d’informatique du Pakistan appelée Axact.

Axact est même une véritable compagnie d’informatique qui emploierait 2000 personnes dans la ville de Karachi. Mais son «modèle d’affaires» repose moins sur l’exportation de logiciels que sur l’émission de faux diplômes universitaires et collégiaux émanant de «prestigieuses» institutions américaines. Des agents d’information y seraient suspendus au téléphone toute la journée, occupés à convaincre les clients.

Axact a répondu le 16 mai aux demandes d’entrevues du New York Times par une lettre d’avocats, où le journal se fait accuser de souscrire à des théories du complot. Le Times appuie son enquête sur de multiples entrevues avec d’anciens employés, et sur une analyse d’au moins 370 sites qui portent tous «l’empreinte» d’Axact —de fausses institutions et de fausses agences de recrutement, qui renvoient vers la même agence «d’accréditation internationale».

Et tous les clients ne sont pas naïfs: si certains ont payé des frais d’inscription, puis des frais d’ouverture de dossier puis d’obtention de permis d’étudier à l’étranger, d’autres clients ont bel et bien compris qu’il s’agissait de faux diplômes: en Inde, en Arabie Saoudite et jusqu’aux États-Unis, des gens s’en sont servis dans l’espoir d’obtenir un emploi.

Certes, Axact est loin d’avoir inventé l’arnaque des faux diplômes. Le Times a retracé une cause de 2008 devant un tribunal américain, où 350 employés fédéraux avaient été identifiés comme détenant des diplômes émis par une compagnie de l’État de Washington. Mais c’est l’ampleur qui étonne ici.

En 2009, une femme du Michigan avait poursuivi en justice deux sites web détenus par Axact, Belford High School et l’Université Belford. Il en avait résulté un recours collectif, dont l’avocat avait affirmé pouvoir rassembler jusqu’à 30 000 personnes. Plutôt qu’un représentant d’Axact, le défenseur, Salem Kureshi, avait affirmé être un humble pakistanais gérant ces deux sites depuis son appartement. Il n’avait témoigné que par le biais d’un vidéo. Les documents déposés en cour avaient démontré que l’argent versé à ses avocats américains transitait par un bureau de change de Dubaï. Les deux institutions de «Belford» avaient une adresse postale qui renvoyait chez Axact. Le juge avait tranché en 2012 par une amende de 22,7 millions. Rien n’a été payé, selon l’avocat de la plaignante.

Et «l’université» Belford est toujours «active».

Chose certaine, le flux d’argent semble suffisant pour avoir fait d’Axact un bon citoyen corporatif au Pakistan, et de son propriétaire, Shoaib A. Shaikh, un généreux mécène, engagé dans la création de médias en ligne. La vraie nature d’Axact comme «usine à diplômes» semble méconnue.