Les microbes, le sujet-clef de la prochaine décennie? Deux textes en appellent simultanément à une initiative cohérente qui non seulement «unifierait» les spécialistes du microbe, mais en plus, irait chercher la collaboration de mathématiciens, de géologues, de médecins et d'informaticiens.

Ces dernières années, on a généralement parlé du microbiome en relation avec des stratégies de décodage de l’ensemble de ce qui cohabite dans notre corps, ou de l’ensemble de l’écosystème microscopique qui fait vivre un sol. Mais dans un des deux nouveaux textes, paru le 28 octobre dans Science , une équipe américaine juge qu’il est temps pour la microbiologie d’aller au-delà du descriptif pour explorer des hypothèses et, peut-être, avancer vers des applications. Pour cela, disent-ils, il faut créer un effort national (Unified Microbiome Initiative) qui irait chercher de l’aide au-delà de la microbiologie.

L’autre texte, paru le même jour dans Nature en réponse au premier —les experts voyaient venir cet appel à l’action depuis longtemps— en appelle plutôt à un effort international (International Microbiome Initiative).

Ceci contribuerait au partage de normes à travers les frontières et les disciplines, et apporterait de la cohésion à la multitude d’initiatives du microbiome qui existent déjà.

Si personne ne veut être contre la vertu, quelques voix discordantes se sont fait entendre. Le spécialiste du microbiome Patrick Schloss écrit par exemple sur son blogue que la nature même de ce domaine de recherche —tout jeune et en rapide expansion— en fait d’ores et déjà une initiative internationale et multidisciplinaire. Là où il y a plutôt des urgences, selon lui, c’est du côté de l’accessibilité aux données —pour que davantage de chercheurs valident les travaux des autres plutôt que de continuellement réinventer la roue— et d’une meilleure révision par les pairs —pour éviter une surcharge de recherches qui n'en valent pas la peine dans les revues.

Les deux appels à l’action n’arrivent pas de nulle part. En 2013, le gouvernement Obama a nommé un pionnier du microbiome, Jo Handelsman, au Bureau de la Maison-Blanche sur la science. Il s’agissait d’une façon d’afficher l’intérêt du gouvernement, et c’est son travail des deux dernières années qui se reflète derrière l’appel à l’initiative américaine publié dans Science. Un cousin, en quelque sorte, de la grande initiative américaine sur le cerveau lancée en 2013.

À quelles applications songe-t-on ? Sont évoqués dans Science, des modèles informatiques qui permettraient d’ici 10 ans de simuler des communautés de microbes pour tenter de prévoir les changements qui vont les frapper pendant la vie de leur hôte —l'humain— et du coup, peut-être prévoir les maladies qui pendent au nez de cet humain.