Il est maintenant établi que Twitter et Facebook peuvent se transformer en camps retranchés pour les défenseurs les plus dogmatiques d’une idéologie — où chacun peut n’écouter que les gens qui pensent comme lui. Du coup, ce n’était qu’une question de temps avant que les militaires eux-mêmes parlent de « zones de guerre » et suggèrent une riposte.

 

L’expression « zone de guerre » a été employée, entre autres, en mai dernier, dans un rapport de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Le rapport, qui s’ouvre sur des généralités — « l’ouverture et l’engagement qui constituent les principes du réseautage social peuvent aussi exposer les vulnérabilités des usagers » — semble ensuite glisser vers un appel à ce que les gouvernements serrent la vis aux réseaux sociaux. « De plus, l’environnement virtuel est un environnement non réglementé où l’anonymat fournit plus d’opportunités que jamais pour disséminer des positions extrêmes, de la désinformation délibérée et créer des canulars. »

Mais la conclusion révèle que la « riposte » dont il est question est d’un tout autre ordre :

 

Les efforts pour contrôler la dissémination de la propagande terroriste ou d’autres usages malicieux des médias sociaux, que ce soient des restrictions techniques ou politiques, ne sont pas une solution efficace.

 

C’est un jeu de chat et de souris, où les « mauvais acteurs » développent continuellement de nouvelles méthodes sophistiquées de manipulation de l’opinion publique... Une présence accrue sur les réseaux sociaux est plus productive que des efforts pour limiter la distribution des messages des autres. C’est une preuve supplémentaire pour les décideurs que l’ignorance et le manque d’engagement dans les réseaux sociaux ne sont plus des options valables.

 

Le « jeu de chat et de souris » auquel font allusion les auteurs s’est reproduit récemment : en août, Twitter annonçait que dans la dernière année, elle avait fermé 360 000 comptes pour « promotion du terrorisme ».

Twitter a fait cette annonce en réaction à un comité de la Chambre des communes de Londres qui, adoptant la position inverse du rapport de l’OTAN, a reproché aux compagnies technologiques — Facebook, Twitter et Google, ce dernier étant propriétaire de YouTube — de ne pas en avoir fait assez pour bloquer les propos extrémistes.

Interrogée à ce sujet par le New Scientist , Giselle Lopez, du Laboratoire PeaceTech à Washington, appuie la recommandation de l’OTAN : « l’attention devrait être portée sur davantage de messages positifs », dit-elle, en citant en exemple Haqiqah, un magazine en ligne fondé par des chefs de file musulmans britanniques pour contrer les messages extrémistes. « Dans une guerre des mots, chaque voix compte. »

Ce n’est pas aussi facile que ça en a l’air. Le Département d’État américain s’y est essayé : il a lancé en décembre 2013 une campagne sur les réseaux sociaux, Think Again, Turn Away, qui se voulait une façon de combattre la propagande radicale par un mélange de faits et de sarcasme. Sur Twitter, cela devint un échec « embarrassant » lorsque les extrémistes se mirent à envahir les conversations.