Alors que s’ouvre la saison des Nobel, on apprend que la très prestigieuse et très opaque institution connaîtra, en vue de l’année prochaine, un changement qui, pour elle, est l’équivalent d’un séisme. Pour la première fois de son histoire, le Comité Nobel va inclure dans son appel à candidatures une demande : prendre en considération la place des femmes et la diversité géographique.

La requête fait partie de la lettre envoyée chaque année en octobre à des scientifiques « choisis », à travers le monde, pour qu’ils soumettent des candidats aux trois Nobel de science — médecine, chimie, physique — a appris la revue Nature il y a quelques jours. « Nous ne travaillons pas dans un vide », s’est défendu Göran Hansson, secrétaire général de l’Académie royale des sciences de Suède.

Plusieurs critiques ont pourtant eu de bonnes raisons d’accuser depuis de nombreuses années le comité Nobel de travailler dans un vide : outre que ses trois catégories scientifiques sont celles d’une autre époque, outre que l’obligation de ne remettre un prix qu’à trois personnes est elle aussi un reliquat du XIXe siècle — une recherche majeure peut être aujourd’hui signée par des dizaines, voire des centaines de personnes — la place des femmes est l’objet de critiques récurrentes. Sur les neuf scientifiques nobélisés l’an dernier, aucune femme. Sur les sept de 2016, aucune. Sur les huit de 2015, une seule, en médecine.

Ce qui, statistiquement, n’est pas étonnant : entre médecine, chimie et physique, la proportion des gagnantes depuis 1901 est d’à peine 3 %. Tout au plus peut-on sentir une légère progression en médecine : une seule gagnante de 1901 à 1975, puis cinq entre 1975 et 2000, puis six depuis 2001. En physique, on n’en est toujours qu’à deux gagnantes en 117 ans (sur 207 gagnants) : Marie Goeppert Mayer en 1963 et Marie Curie en 1903.

Qui plus est, on ignore combien de candidatures féminines sont soumises, puisque les règles de l’Académie royale exigent la confidentialité des mises en nomination et des délibérations pendant une période de 50 ans. D’où, peut-être, l’appel à tous pour que davantage de candidatures féminines soient soumises. Cela rejoint un effort, entrepris il y a deux ans, pour diversifier les groupes qui, à travers le monde, sont autorisés à soumettre des candidatures (environ 500 scientifiques par catégorie) : l’Académie royale des sciences aurait, selon Nature, augmenté le nombre de femmes dans chacun des trois groupes (médecine, chimie, physique). Une information toutefois difficile à confirmer, à cause de ces mêmes règles de confidentialité.